Page 19 - Traité de versification, métrique et prosodie
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On n’entre pas dans ce débat.
Bien sûr qu’on alla sur la Glane…
On tint la garde, on y fit l’âne
Et fut poussé plus qu’on tira.
On a regrets, si l’on tua…»
(Oratorio pour Oradour, Franck Lafossas)
3-2-4 Les licences poétiques
La difficulté d’écrire en vers a, très tôt, conduit les poètes à s’accorder des licences, soit pour changer
la prononciation d’un mot, ou son sens premier, soit pour en altérer l’orthographe, soit pour l’allonger ou
le raccourcir afin de privilégier la métrique du vers.
Dans son Abrégé des règles de la versification française, Pierre Restaut cite de nombreuses licences
poétiques qui ne présentent aujourd’hui aucun intérêt puisque le langage commun les a englobées. Par
exemples : « les ondes pour les eaux » ou encore « antique pour ancien » ou encore « Eternel au lieu de
Dieu ».
Certaines de ces licences renseignent de façon intéressante sur l’évolution du langage, par exemple :
« n’a guère pour il n’y a pas long-temps ». Mais il nous signale deux licences toujours dignes d’intérêt car
actuelles :
-encore accepte l’orthographe encor, dont l’absence de voyelle « e » non accentuée autorise un
placement à la césure ;
-avec accepte l’orthographe avecque en trois syllabes.
Ceci étant, le meilleur conseil fait au poète reste de parler français sans artifice.
Et, si certains font valoir que Victor Hugo n’hésitait pas à supprimer le « s » final d’une conjugaison lorsque
cela l’arrangeait, il suffit de répondre que, précisément, c’était Victor Hugo.
3-3 L’harmonie entre les vers
3-3-1 Les échos
En écriture poétique classique, chaque vers s’achève sur une rime, rappel musical périodique alterné
masculin et féminin. Dans une strophe, l’ensemble des vers se répondent l’un l’autre par leurs rimes. Leurs
rythmes se complètent. Le tout forme un chant.
Si, à l’intérieur du vers concerné, ou chez ses voisins, se trouve un mot comportant la même
terminaison qu’une des rimes qui se répondent, il en naît une résonnance nuisant à l’harmonie générale.
Le rythme s’en trouve haché, saccadé, comme si le vers se fragmentait en autant de petites sections.
Cette sensation déplaisante s’accroît lorsque le rappel sonore se situe à la césure. On l’appelle l’écho.
Cela paraît compliqué, mais c’est simple. Prenons un exemple :
« Surtout, qu’en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain vous me frappez d’un son mélodieux. »
Dans ces vers, les mots excès et frappez procurent un rappel sonore tendant à transformer les
alexandrins en double vers de 6 pieds. Ce sont des échos.
L’écho constitue une faute estimée plus ou moins grave selon les académies. A titre indicatif, Pierre
Restaut se limite à recommander de n’y recourir qu’avec beaucoup de réserve et ménagement. Pour ma
part, je ne l’exclus que s’il est déplaisant à l’oreille.
Les plus grands auteurs classiques ont souvent négligé cette règle et j’ai choisi mon exemple plus haut
cité dans… l’Art poétique de Boileau.
3-3-2 La prohibition des consonances entre rimes qui se suivent
Un autre rappel sonore désagréable se produit lorsque des rimes successives, masculines et
féminines, présentent une consonance. L’art du poète consiste à varier les sons de ses rimes afin
d’assurer leur harmonie d’ensemble. Il lui appartient de profiter du changement de genre pour varier la
tonalité.

