Page 14 - Traité de versification, métrique et prosodie
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Hugo forment des exemples parfaits de ce que doivent être ces pauses en accord avec le sens et la
syntaxe.
2-3-8 La voyelle « e » non accentuée à la césure
Dans les vers alexandrins et dans les décasyllabes, si le premier hémistiche se termine par un « e »
non accentué, le second hémistiche doit commencer par une voyelle de façon à absorber ce « e ». Ainsi
la césure devient le lieu de cette absorption appelée élision.
Cette règle ancienne est impérative.
Exemple : Ma terre, qui supporte / en été la moisson :
Dans ce vers, le « e » final du verbe « supporte » est absorbé par la voyelle « en » qui débute le second
hémistiche. Le vers est régulier.
Autre exemple : Ma terre, qui supporte / la moisson de l’été :
Dans ce vers, le « e » final du verbe « supporte » est suivi par la consonne « l » et ne peut être absorbé
par elle. Le vers est irrégulier.
Cette règle ne s’applique pas si le « e » est accentué.
Exemples -il me dit « parce que ! » quand je voudrais comprendre : vers régulier
-ce chemin, sentez-le, qui fleure bon le thym : vers régulier
A noter que, dans ces deux derniers exemples, mettre une voyelle en première lettre du second hémistiche
aurait créé un hiatus.
Cette règle de l’élision du « e » non accentué à la césure y interdit la présence des mots au pluriel
terminés par un « e » non accentué et par un « s ». Elle interdit également la présence à la césure de
verbes terminés par un « e » non accentué suivi d’une marque de conjugaison.
Exemple : Ma terre, toi qui portes / en toi toute moisson :
Dans ce vers, la conjugaison « s » du verbe « portes » empêche l’élision. Le vers est irrégulier.
2-3-9 l’élision obligatoire du « e » non accentué précédé par une voyelle sonore
A l’intérieur du vers, la voyelle « e » non accentuée, terminant un mot, doit faire l’objet d’une élision
chaque fois qu’elle est précédée par l’une des voyelles sonores é, i, o, u, y
Par exemple, dans le mot prairie, le « e » final n’est pas accentué et il est précédé par la voyelle sonore
« i ». La règle s’applique. En conséquence, si le mot prairie est placé à l’intérieur du vers, il doit être suivi
d’un mot commençant par une voyelle afin d’assurer l’élision de son « e » final.
Le vers suivant respecte cette règle :
« Ma prairie, en coteau, s’imagine montagne » : la voyelle « en » absorbe la voyelle « e ».
Autre exemple, dans le mot joue, le « e » final n’est pas accentué et il est précédé par la voyelle sonore
« u ». La règle s’applique. Si le mot joue (aussi bien le nom que le verbe) est placé à l’intérieur du vers, il
doit être suivi d’un mot commençant par une voyelle afin d’assurer l’élision de son « e » final.
Le vers suivant respecte cette règle :
« Il en joue, appliqué, mais ne regarde l’heure » : la voyelle « a » absorbe la voyelle « e ».
Le vers suivant ne respecte pas la règle :
« La joue du bébé rougissait du feu » : car la voyelle « e » ne peut être absorbée, faute d’être suivie par
une voyelle.
2-3-10 L’interdiction des « e » prisonniers
L’obligation d’élision qui précède a pour effet d’interdire de placer au pluriel, avec un « s » final, tous
les mots, noms ou verbes, terminés par la voyelle « e » non accentuée précédée par l’une des voyelles
sonores é,i,o,u,y.
L’explication en est simple : ce « s » final rendrait prisonnier le « e » non accentué qui ne pourrait s’unir
avec une voyelle. Il interdirait l’élision nécessaire.
De tels mots, comme par exemple les joues, les pies, les vies, les baies, les allées, les rues, ne peuvent
donc figurer qu’en fin de vers, à la rime.
Il en est de même, pour la même raison, pour les verbes conjugués en « aient » chaque fois qu’ils
correspondent à une rime féminine.

