Page 13 - Traité de versification, métrique et prosodie
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2-3-3 Le repos de la césure
Au-delà de 8 pieds, la longueur du vers rend nécessaire un repos, appelé césure, coupant le vers en
deux hémistiches.
2-3-4 La césure dans le vers de 9 pieds
Son emplacement n’est pas imposé, abandonné à l’appréciation du poète. Dans son Art poétique (Jadis
et Naguère), préconisant l’utilisation du vers impair, Verlaine use d’un ennéasyllabe dans lequel il place la
césure après le 4 ème pied. Il effectue un partage des hémistiches en 4/5 :
« De la musi / que avant toute chose
Et pour cela / préfère l’impair
Plus vague et plus / soluble dans l’air
Sans rien en lui / qui pèse ou qui pose. »
Il aurait pu choisir un autre partage.
2-3-5 La césure dans le vers de 10 pieds
Dans son poème Colloque sentimental (Fêtes galantes), Verlaine effectue le partage des hémistiches
en 4/6 :
« Dans le vieux parc / solitaire et glacé
Deux formes ont / tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts / et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend / à peine leurs paroles. »
Un partage des hémistiches en 5/5 aurait également été régulier.
2-3-6 La césure dans le vers de 12 pieds
Dans La Légende des Siècles, Victor Hugo use de l’alexandrin de façon solennelle. Il place, dans le
quatrain qui suit, chaque césure en 6/6. Ce faisant, il partage ses vers par moitié, avec des hémistiches
égaux. En cela, il applique exactement la règle poétique classique :
« L'ombre était nuptiale, / auguste et solennelle ;
Les anges y volaient / sans doute obscurément,
Car on voyait passer / dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu / qui paraissait une aile. »
Mais Victor Hugo n’hésite pas, dans d’autres œuvres, à brutaliser le rythme et le souffle de l’alexandrin
en innovant des césures qui ne respectent plus qu’en apparence l’égalité des hémistiches. Dans Les
Contemplations, il exprime toute sa violence à l’encontre du vers de 12 pieds. Il devient bien difficile d’y
reconnaître une césure en 6/6 :
« C’est horrible ! oui, brigand, / jacobin, malandrin,
J’ai disloqué ce grand / niais d’alexandrin. »
Il convient d’observer que ce dernier vers peut également être découpé en 3 hémistiches de 4 pieds
chacun :
J’ai disloqué / ce grand niais / d’alexandrin.
2-3-7 La césure de l’alexandrin, pause dans le sens et la syntaxe
Dans son poème Les Ingénus (Fêtes galantes), Verlaine place également sa césure en 6/6, ce qui
équivaut à un partage des hémistiches par moitié :
« Les hauts talons luttaient / avec les longues jupes,
En sorte que, selon / le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas / de jambe, trop souvent
Interceptés ! Et nous / aimions ce jeu de dupes. »
Ce faisant, il n’applique qu’en apparence la règle classique. En effet, la pause de la césure doit
respecter le sens et la structure de la syntaxe du vers. Or, dans l’exemple choisi, la césure placée
après le mot selon ne respecte ni le sens ni la structure du vers. Il en est de même des deux césures
suivantes.
A titre de comparaison, les césures plus haut citées extraites de La Légende des Siècles de Victor

