Page 8 - Traité de versification, métrique et prosodie
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         2-1-4 Les liaisons. Les pluriels et les verbes conjugués
             Tous les pieds écrits dans un vers devant être prononcés, il convient de faire les liaisons chaque fois
         qu’elles sont gracieuses.
         Exemple : elles aiment un enfant
         Ne doit pas être scandé : el-le-zai-mun-nen-fant (6 pieds)
         Mais doit être scandé : el-le-zai-me-tun-nen-fant (7 pieds)
             Si la liaison n’est pas gracieuse, il convient de ne pas la faire mais de marquer son temps.
         Exemple : elles soupent un peu
         Ne doit pas être scandé : el-le-sou-pe-tun-peu (6 pieds) compte tenu de la laideur des sons pe-tun-peu
         Mais doit être scandé : el-le-sou-ppp-un-peu (6 pieds)

         2-2 Bien scander les voyelles accentuées

         2-2-1 Les voyelles accentuées simples
             Scander les pieds d’un vers classique est chose évidente lorsque les voyelles accentuées internes à
         un mot sont séparées par des consonnes.
         Exemple : personne ne doute que biberon doit être scandé : bi-be-ron (3 pieds)
         Exemple : personne ne doute que papyrus doit être scandé : pa-py-rus (3 pieds)

         2-2-2 Les voyelles accentuées en hiatus interne au mot
             Certaines voyelles accentuées, et qui ne sont pas séparées les unes des autres par des consonnes,
         se heurtent en formant un hiatus interne au mot, comme cré-ant du verbe cré-er. Ces voyelles doivent être
         prononcées séparément, si bien que le verbe cré-er doit être scandé en 2 pieds.

         2-2-3 Les voyelles accentuées en diphtongue
             Certaines voyelles accentuées, et qui ne sont pas séparées les unes des autres par des consonnes,
         se combinent en diphtongues. Il est ainsi défini (dictionnaire Robert) qu’une diphtongue est une voyelle dont
         la  tenue  comporte  une  variation  de  timbre.  Elle  provient  d’un  changement  d’articulation  en  cours
         d’émission de la voyelle.
         Exemples de diphtongues : le pied, la poire.

         2-2-4 La prononciation des diphtongues, synérèse ou diérèse
             Quand on prononce une diphtongue :
              -ou bien les deux voyelles sont fondues ensemble dans une seule émission vocale, ce que l’on appelle
         faire une synérèse. Dans ce cas, il ne faut compter qu’un seul pied.
         Exemple de synérèse : un évier doit être scandé : un-é-vier (3 pieds en tout)
              -ou bien les deux voyelles sont dissociées, avec modification du souffle vocal, ce que l’on appelle
         faire une diérèse. Dans ce cas, il faut compter deux pieds.
         Exemple de diérèse : un lévrier doit être scandé : un-lé-vri-er (4 pieds en tout)

         2-2-5 Comment savoir si synérèse ou diérèse ?
             Cela vous paraît compliqué ? Erreur, c’est très simple ! Prenons deux exemples :
         -prononcez à voix haute en tout lieu. Vous constatez que, spontanément, vous articulez en-tout-lieu (3
         pieds) et non pas en-tout-li-eu (4 pieds).
         Félicitations ! Vous avez pratiqué la synérèse sur le mot lieu, ainsi qu’il le fallait.
         -prononcez  maintenant  à  voix  haute  il  est  soucieux.  Vous  constatez  que,  spontanément,  vous  avez
         tendance à articuler sou-ci-eux (3 pieds) et non pas sou-cieux (2 pieds).
         Félicitations ! Vous avez, d’instinct, pratiqué la diérèse sur le mot soucieux, comme elle s’imposait.
             Ainsi, dans de nombreux cas, l’instinct du poète le guidera. Et, plus il avancera dans la pratique de son
         art, mieux il sentira la bonne prononciation des diphtongues. La scansion des diphtongues correspond à
         l’histoire de la langue française, de ses origines et de l’évolution de son langage. Certaines règles peuvent
         en être expliquées de façon logique. Pour le reste, il existe un tableau des synérèses et diérèses. Il suffit
         au poète, hésitant sur une diphtongue, de le consulter.
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