Page 9 - Traité de versification, métrique et prosodie
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2-2-6 quelques explications de différentes synérèses et diérèses
-Le son « ion » constitue généralement le simple hiatus des voyelles « i » et « on » à l’intérieur ou
en terminaison d’un mot. Il en résulte qu’il doit généralement être scandé « i-on » comme dans avi-on,
cami-on, cami-onneur. La diérèse s’impose.
-Mais le son « ion » correspond parfois à une conjugaison. Il faut alors rechercher quel est le radical
du verbe et quelle est sa conjugaison :
ère
Par exemple, dans le verbe all-er (se déplacer), à la 1 personne du pluriel de l’imparfait, « nous allions »,
la terminaison « ions » n’est qu’une conjugaison. Le son « ion » constitue une diphtongue dans laquelle
aucune diérèse ne doit être pratiquée car il n’y a pas lieu de couper en deux une conjugaison.
Dans ce cas, il faut scander, sans diérèse : hier, nous allions aux fiançailles.
-Cependant, dans les verbes dont le radical se termine par un « i », comme alli-er (réunir) ou mari-
er ou appréci-er, à la première personne du pluriel du présent, c’est la terminaison « ons » qui signale
cette conjugaison et qui s’ajoute au radical alli ou mari ou appréci.
Dans ce cas, iI faut pratiquer la diérèse et scander : aujourd’hui, par un mariage que nous appréci-ons,
nous mari-ons nos enfants et nous alli-ons nos deux familles.
-Dans les mots et les verbes comportant une diphtongue précédée par un « l » ou un « r » lui-
même précédé d’une autre consonne, la diérèse s’impose pour cette diphtongue.
Par exemple, il faut scander sangli-er et lévri-er, Mais il faut scander le bourbier, sans diérèse, car le « r »
y est placé avant et non après l’autre consonne.
ère
-Il en résulte qu’à la 1 personne de l’imparfait des verbes dont la terminaison est précédée par
un « l » ou un « r » lui-même précédé d’une autre consonne, par exemple contempler et souffrir, cette
double consonne impose la diérèse et donc de prononcer « i-on ».
Dans ce cas, il faut scander, par diérèse : hier, nous contempli-ons la robe de la mariée mais nous souffri-
ons pour elle de la chaleur
2-2-7 Tableau des synérèses et diérèses
Ces quelques explications démontrent que plusieurs règles peuvent s’appliquer en même temps, de
nature à susciter des doutes quant aux diérèses et synérèses.
Dès le dix-huitième siècle, le grammairien Pierre Restaut, dans son double ouvrage Principes
généraux et raisonnés de la grammaire française et Abrégé des règles de la versification française,
termine son premier opus par la conclusion :« il n’est pas aisé de déterminer par des règles générales
quels sont les assemblages des voyelles composant un double son, qui doivent se prononcer en une ou
en deux syllabes dans la poésie ». Puis, dans le second opus, il estime plus simple de dresser une liste
des synérèses et diérèses des diphtongues.
Cette liste a été reprise par plusieurs auteurs, dont René Saint-Martin et Hermine Venot-Focké.
La version que je vous soumets à la suite est originale ; je l’ai complétée et elle comporte une analyse
des diérèses :
Diphtongues Syllabes Différents cas
2 -dans tous les mots comme di-amant, fili-al,
1 -par exception dans diacre, diable, fiacre, familiariser, familiarité,
ia 2 -dans tous les verbes du 1 groupe en ier comme pri-a, étudi-a
er
1 ou 2 -dans liard, miasme, yatagan
1 -dans les mots avec y comme impa-yable

