Page 19 - Petit guide pratique et facile de versification de Franck Lafossas
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Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle. »
En l’espèce, il est manifeste que « ce guide fidèle » ne coïncide pas avec l’unité syntaxique de
la première partie du vers mais avec la suivante : « sert encor de modèle ». L’idée enjambe
donc les deux vers.
La règle du refus de l’enjambement a été malmenée par les plus grands auteurs et il est
aujourd’hui admis qu’un enjambement ne constitue une faute que s’il n’est pas justifié.
2-4-2 Le rejet
Lorsque cet enjambement en direction du vers suivant ne porte que sur un mot ou un petit
groupe de mots, on l’appelle un rejet.
Le poète l’utilise parfois, en figure de style, pour accentuer la force d’un mot ou son contraste.
Le rejet est aujourd’hui admis sous réserve de sa justification poétique.
Exemple de rejet :
« C’était de bonne idée, assurément pratique,
L’incinération ! J’avais les doigts gelés, »
Dans cet exemple (Les Fantômes de Pompéi, Franck Lafossas), l’auteur met en exergue le mot
in/ci/né/ra/ti/on qui remplit à lui-seul le premier hémistiche du vers suivant.
2-4-3 Le contre-rejet ou contre-enjambement
Parfois, un enjambement débute par un mot ou un petit groupe de mots placés en éclaireurs
sur le vers précédent, afin de préparer un effet de surprise ou de contraste. On appelle cette
préparation un contre-enjambement ou contre-rejet.
Ce contre-enjambement est aujourd’hui admis sous réserve de sa justification poétique.
Exemple de contre-enjambement :
« L’incinération ! J’avais les doigts gelés,
Teint pâle, bras rigide, aussitôt appelés,
Mes amis s’unissaient d’avis diagnostique. »
Dans cet exemple, (Les Fantômes de Pompéi, Franck Lafossas), le contre-enjambement des doigts gelés
contraste avec l’incinération pour augmenter l’effet d’humour.
2-5 L’agencement des vers en strophes
2-5-1 Histoire des strophes
Les premières manifestations poétiques françaises, au XII° siècle, ne comportent pas de
strophes mais des groupes de vers appelés laisses. Ces dernières regroupent, sans nombre
fixe, des vers de même assonance. Dans le Roman de Renart, déjà, en fin du XII° siècle, des
assonances s’organisent en se répétant par couples.
Au XV° siècle, lorsque François Villon rédige sa Ballade des pendus, les rimes ont remplacé
les assonances. Les strophes ont remplacé les laisses. Elles s’en distinguent en ce qu’elles
renferment un nombre déterminé de vers, dont les rimes se font écho dans un ordre
sophistiqué.
Il doit en être déduit que le mouvement poétique français a, dès le commencement, porté la
plus grande attention au regroupement des vers et des assonances, puis à l’élaboration des
strophes permettant de concentrer en un même lieu la présentation de plusieurs vers dont le
sens se complète et dont les rimes s’harmonisent. Des formes fixes sont élaborées, en

