Page 15 - Petit guide pratique et facile de versification de Franck Lafossas
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                            2     -dans les mots en « u-i-té » comme ingénu-i-té, ébru-i-té
                ui          2     -par exception dans bru-ire et sa conjugaison, bru-issement, bru-iner,
                                  bru-ine, ru-iner, ru-ineux, ru-ine
                            1     -dans tous les autres mots comme lui, le bruit, truie, conduire, ruisseau

                uin         1     -dans tous les mots comme juin, suint, suin-ter



          2-3 La métrique des vers

          2-3-1 Pieds ou syllabes ?
          On appelle métrique l’étude de la régularité des formes du vers classique et de son dé
          coupage en syllabes couramment appelées pieds.
          Une querelle oppose des spécialistes au sujet du mot pied. Certains le prohibent en faisant
          valoir qu’il désignerait la valeur unitaire du vers latin et non pas celle du vers français, qui serait
          la syllabe.

          Il est exact qu’en poésie latine l’unité de mesure, le pied, correspondait à plusieurs syllabes.
          Par  exemple,  Pline  le  Jeune  écrivait  des  poèmes  érotiques  appelés  hendécasyllabes  (11
          syllabes),  qui  n’étaient  autres  que  des  vers  saphiques  composés  de  5  pieds.  Mais  ça,  c’était
          avant… du temps de la versification latine.

          Lorsque,  au  dix-huitième  siècle,  le  grammairien  Pierre  Restaut  énonce  dans  son  ouvrage
          fondateur quelles sont les règles de la versification française, il prend le soin d’expliquer en
          quoi elle se distingue de la poésie latine. Il précise : « La structure des vers français ne consiste
          qu’en un certain nombre de syllabes. Ainsi on peut d’abord diviser les différentes formes de
          vers par le nombre de syllabes qui les composent ». Il n’a donc jamais existé de confusion : à la
          différence de la poésie latine, la poésie française  est scandée en syllabes. Mais il s’agit de
          syllabes  prononcées  selon  les  règles  poétiques,  non  selon  les  règles  du  langage  parlé
          ordinaire. Et Pierre de Restaut continue son propos : « la plupart de ces mêmes voyelles, qui
          ne font qu’une syllabe dans le discours familier, doivent nécessairement en former deux dans
          la poésie… et cessent par cette raison d’y être regardées comme diphtongues ».

          Ceci étant, le mot pied signifiait, du temps de la poésie romaine, la mesure unitaire du vers. Il
          n’est  point  choquant  de  voir  cette  appellation  perdurer,  même  si  son  contenu  a  changé.
          L’important  est  de  ne  pas  oublier  qu’en  poésie  classique  française  un  pied  égale  une
          syllabe au sens de la règle poétique. Verlaine eût ajouté « Et tout le reste est littérature. »

          2-3-2 La longueur du vers
          Très tôt, l’expression poétique française utilise le vers de 10 pieds, comme dans la Chanson de
          Roland au début du XII° siècle, ou le vers de 8 pieds, comme dans le Roman de Renard, à la
          fin du XII° siècle.
          Dans le même temps moyenâgeux, des chansons populaires utilisent des rythmes impairs, de
          7 et 9 pieds.
          A la Renaissance, l’alexandrin en 12 pieds est porté par la vague du sonnet. Il semble devoir
          régner sans partage à l’ère classique.
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