Page 11 - Petit guide pratique et facile de versification de Franck Lafossas
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          avez tendance à articuler sou-ci-eux (3 pieds) et non pas sou-cieux (2 pieds).
          Félicitations !  Vous  avez,  d’instinct,  pratiqué  la  diérèse  sur  le  mot  soucieux,  comme  elle
          s’imposait.

          Ainsi,  dans  de  nombreux  cas,  l’instinct  du  poète  le  guidera.  Et,  plus  il  avancera  dans  la
          pratique de son art, mieux il sentira la bonne prononciation des diphtongues. La scansion des
          diphtongues correspond à l’histoire de la langue française, de ses origines et de l’évolution de
          son langage. Certaines règles peuvent en être expliquées de façon logique. Pour le reste, il
          existe un tableau des synérèses et diérèses. Il suffit au poète, hésitant sur une diphtongue, de
          le consulter.

          2-2-6 quelques explications de synérèses et diérèses
                 -Le son « ion » constitue généralement le simple hiatus des voyelles « i » et « on » à
          l’intérieur ou en terminaison d’un mot. Il en résulte qu’il doit généralement être scandé « i-on »
          comme dans avi-on, cami-on, cami-onneur. La diérèse s’impose alors.
                 -Mais le son « ion » correspond parfois à une conjugaison. Il faut alors rechercher quel
          est le radical du verbe et quelle est sa conjugaison :
                                                               ère
          Par exemple, dans le verbe all-er (se déplacer), à la 1  personne du pluriel de l’imparfait, « nous
          allions »,  la  terminaison  « ions »  n’est  qu’une  conjugaison.  Le  son  « ion »  constitue  une
          diphtongue dans laquelle aucune diérèse ne doit être pratiquée car il n’y a pas lieu de couper
          en deux une conjugaison.
          Dans ce cas, il faut scander, sans diérèse : hier, nous allions aux fiançailles.
                 -Cependant,  dans  les  verbes  dont  le  radical  se  termine  par  un  « i »,  comme  alli-er
          (réunir)  ou  mari-er  ou  appréci-er,  à  la  première  personne  du  pluriel  du  présent,  c’est  la
          terminaison « ons » qui signale cette conjugaison  et qui s’ajoute au radical  alli ou  mari  ou
          appréci.
          Dans ce cas, iI faut pratiquer la diérèse et scander : aujourd’hui, par un mariage que nous
          appréci-ons, nous mari-ons nos enfants et nous alli-ons nos deux familles.
                 -Dans les mots et les verbes comportant une diphtongue précédée par un « l » ou un
          « r » lui-même précédé d’une autre consonne, la diérèse s’impose pour cette diphtongue.
          Par exemple, il faut scander sangli-er et lévri-er, Mais il faut scander le bourbier, sans diérèse,
          car le « r » y est placé avant et non après l’autre consonne.
                                         ère
                 -Il en résulte qu’à la 1  personne de l’imparfait des verbes dont la terminaison est
          précédée  par  un  « l »  ou  un  « r »  lui-même  précédé  d’une  autre  consonne,  par  exemple
          contempler  et  souffrir,  cette  double  consonne  impose  la  diérèse  et  donc  de  prononcer
          « i-on ».
          Dans ce cas, il faut scander, par diérèse : hier, nous contempli-ons la robe de la mariée mais
          nous souffri-ons pour elle de la chaleur

          2-2-7 Tableau des synérèses et diérèses
          Ces  quelques  explications  démontrent  que  plusieurs  règles  peuvent  s’appliquer  en  même
          temps, ce qui est de nature à susciter des doutes quant aux diérèses et synérèses.

          Dès le dix-huitième siècle, le grammairien Pierre Restaut, dans son double ouvrage Principes
          généraux  et  raisonnés  de  la  grammaire  française  et  Abrégé  des  règles  de  la  versification
          française, termine son premier opus par la conclusion « il n’est pas aisé de déterminer par des
          règles  générales  quels  sont  les  assemblages  des  voyelles  composant  un  double  son,  qui
          doivent  se  prononcer  en  une  ou  en  deux  syllabes  dans  la  poésie ».  Puis,  dans  le  second
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