Page 16 - Petit guide pratique et facile de versification de Franck Lafossas
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Mais la mode romantique et celle du Parnasse font revivre les rythmes anciens, tandis que
Verlaine préconise : « préfère l’impair ».
Aujourd’hui, l'alexandrin ne bénéficie d’aucune suprématie et de nombreux poètes de qualité le
jugent trop sérieux. Sans doute est-il regrettable de le trouver encore dans tant de sauces, qu'il
affadit parfois de sa grandiloquence, au mépris du décasyllabe, si souple, et de l'octosyllabe, si
vif et pertinent.
Peuvent être admis les vers de :
1 pied « monosyllabe », 2 pieds « dissyllabe », 3 pieds « trissyllabe », 4 pieds « tétrasyllabe »,
7 pieds « heptasyllabe », 8 pieds « octosyllabe », 9 pieds « ennéasyllabe », 10 pieds
« décasyllabe », 12 pieds « alexandrin ».
Les autres vers, notamment de 11 et 13 pieds, ne paraissent pas réguliers.
2-3-3 Le repos de la césure
Au-delà de 8 pieds, la longueur du vers impose un repos, appelé césure. Chaque partie du
vers ainsi coupé s’appelle un hémistiche.
2-3-4 La césure dans le vers de 9 pieds
Elle n’est pas obligatoire, laissée à l’appréciation du poète. Dans son Art poétique (Jadis et
Naguère), préconisant l’utilisation du vers impair, Verlaine use d’un ennéasyllabe dans lequel il
place la césure après le 4 ème pied. Il effectue un partage des hémistiches en 4/5 :
« De la musi / que avant toute chose
Et pour cela / préfère l’impair
Plus vague et plus / soluble dans l’air
Sans rien en lui / qui pèse ou qui pose. »
En l’absence de césure imposée dans ce genre de vers, il aurait pu choisir un autre partage.
2-3-5 La césure dans le vers de 10 pieds
Dans son poème Colloque sentimental (Les Fêtes galantes), Verlaine effectue le partage des
hémistiches en 4/6 :
« Dans le vieux parc / solitaire et glacé
Deux formes ont / tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts / et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend / à peine leurs paroles. »
Un partage des hémistiches en 5/5 aurait également été régulier.
2-3-6 La césure dans le vers de 12 pieds
Dans La Légende des Siècles, Victor Hugo use de l’alexandrin de façon solennelle. Il place,
dans le quatrain qui suit, chaque césure en 6/6. Ce faisant, il partage ses vers par moitié,
avec des hémistiches égaux. En cela, il applique exactement la règle poétique classique :
« L'ombre était nuptiale, / auguste et solennelle ;
Les anges y volaient / sans doute obscurément,
Car on voyait passer / dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu / qui paraissait une aile. »
Mais Victor Hugo n’hésite pas, dans d’autres œuvres, à brutaliser le rythme et le souffle de
l’alexandrin en innovant des césures qui ne respectent plus qu’en apparence l’égalité des

