Page 17 - Petit guide pratique et facile de versification de Franck Lafossas
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          hémistiches. Dans Les Contemplations, il exprime toute sa violence à l’encontre du vers de 12
          pieds. Il devient bien difficile d’y reconnaître une césure en 6/6 :
          « C’est horrible ! oui, brigand, / jacobin, malandrin,
          J’ai disloqué ce grand / niais d’alexandrin. »

          Il convient d’observer que ce dernier vers peut également être découpé en 3 hémistiches de 4
          pieds chacun :
          J’ai disloqué / ce grand niais / d’alexandrin.

          2-3-7 La césure de l’alexandrin, pause dans le sens et la syntaxe
          Dans son poème Les Ingénus, Verlaine place également sa césure en 6/6, ce qui équivaut à un
          partage des hémistiches par moitié :
          « Les hauts talons luttaient / avec les longues jupes,
          En sorte que, selon / le terrain et le vent,
          Parfois luisaient des bas / de jambe, trop souvent
          Interceptés ! Et nous / aimions ce jeu de dupes. »

          Ce faisant, il n’applique qu’en apparente la règle classique.
          En effet, la pause de la césure doit respecter le sens et la structure de la syntaxe du vers.
          Or, dans l’exemple choisi, la césure  placée après le  mot  selon ne respecte ni le sens  ni la
          structure du vers. Il en est de même des deux césures suivantes.

          A titre de comparaison, les césures plus haut citées extraites de La Légende des Siècles de
          Victor Hugo forment des exemples parfaits de ce que doivent être ces pauses en accord avec
          le sens et la syntaxe.

          2-3-8 La voyelle « e » non accentuée à la césure
          Dans les vers alexandrins et dans les décasyllabes, si le premier hémistiche se termine par un
          « e » non accentué, le second hémistiche doit commencer par une voyelle de façon à absorber
          ce « e ». Ainsi la césure devient le lieu de cette absorption appelée élision. Cette règle
          ancienne est impérative.

          Exemple : Ma terre, qui supporte / en été la moisson :
          Dans ce vers, le « e » final du verbe « supporte » est absorbé par la voyelle « en » qui débute
          le second hémistiche. Le vers est régulier.
          Autre exemple : Ma terre, qui supporte / la moisson de l’été :
          Dans ce vers, le « e » final du verbe « supporte » est suivi par la consonne « l » et ne peut être
          absorbé par elle. Le vers est irrégulier.

          Cette règle ne s’applique pas si le « e » est accentué.
          Exemples  -il me dit « parce que ! » quand je voudrais comprendre : vers régulier
                        -ce chemin, sentez-le, qui fleure bon le thym : vers régulier
          A noter que, dans ces deux derniers exemples, mettre une voyelle en première lettre du second
          hémistiche aurait créé un hiatus.

          Cette règle de l’élision du « e » non accentué à la césure y interdit la présence des mots au
          pluriel terminés par un « e » non accentué et par un « s ». Elle interdit également la présence à
          la césure de verbes terminés par un « e » non accentué suivi d’une marque de conjugaison.
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