Page 22 - Petit guide pratique et facile de versification de Franck Lafossas
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          révéler dangereux en cas de participation à un concours, alors qu’il est facile de procéder à son
          remplacement.

          3-1-6 Le choc des sons, les voyelles nasales
          Un débat a longuement agité les puristes sur l’hiatus qui résulterait de la rencontre d’une voyelle
          nasale finissant un mot avec la voyelle commençant le mot suivant.
          Exemple : la nuit est loin encore : la rencontre « oin » - « en » constitue-t-elle un hiatus malgré
          la consonne « n » ?

          Dans  son  Discours  des  voyelles  (1694)  l’académicien  Abbé  Dangeau  considère  que  les  cinq
          terminaisons an, en, in, on, un, sont des sons simples et de véritables voyelles. Il en conclut,
          repris  par  plusieurs  grammairiens  de  son  temps,  qu’il  existe  un  hiatus  prohibé  chaque  fois
          qu’une telle voyelle en rencontre une autre.
          Mais une telle rigueur dans la prohibition de l’hiatus rendrait quasiment impossible d’écrire sans
          commettre de faute. L’abbé Dangeau a d’ailleurs recensé 26 hiatus de ce type dans la pièce en
          vers Cinna de Corneille.

          En pratique, la définition et la prohibition de l’hiatus n’ont en conséquence jamais englobé les
          voyelles nasales. Mais il est recommandé au poète d’en user avec parcimonie, par souci de
          musicalité.

          3-2 Le poids des mots au sein du vers

          3-2-1 La poésie, image ou définition ?
          Dans son Art poétique (1674) Nicolas Boileau fustige les poètes dont le sens des vers tarde à se
          faire entendre. Il leur conseille :
          « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
          Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

          Dans son Art poétique (1874) Paul Verlaine adopte une attitude rigoureusement inverse. Après
          avoir proclamé de la musique avant toute chose, il exhorte les poètes à ne pas :
          « Choisir les mots sans quelque méprise :
          Rien de plus cher que la chanson grise
          Où l’indécis au précis se joint. »

          Les vers de Boileau sonnent comme un proverbe. Ils ne contiennent pas une image mais un
          énoncé qu’il nous livre. Seule la mise en forme de cet énoncé, en quelque sorte son emballage,
          est  poétique.  Le  contenu  s’en  veut  totalement  contrôlé,  proche  d’un  discours  sans  envolée
          lyrique.
          Au contraire, les vers de Verlaine ne cherchent pas à nous définir sa vérité, qu’il ne nous livre
          pas avec des mots mais des images.

          Qu’est-ce que la poésie ? Pour Verlaine, point de définition mais :
          « C’est des beaux yeux derrière des voiles,
          C’est le grand jour tremblant de midi,
          C’est, par un ciel d’automne attiédi,
          Le bleu fouillis des claires étoiles ! »
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