Page 24 - Petit guide pratique et facile de versification de Franck Lafossas
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          On a regrets, si l’on tua…»
          (Oratorio pour Oradour, Franck Lafossas)

          3-2-4 Les licences poétiques
          La difficulté d’écrire en vers a, très tôt, conduit les poètes à s’accorder des licences, soit pour
          changer la prononciation d’un mot, ou son sens premier, soit pour en altérer l’orthographe, soit
          pour l’allonger ou le raccourcir afin de privilégier la métrique du vers.

          Dans son Abrégé des règles de la versification française, Pierre Restaut cite de nombreuses
          licences poétiques qui ne présentent aujourd’hui aucun intérêt puisque le langage commun les
          a englobées. Par exemples : « les ondes pour les eaux » ou encore « antique pour ancien » ou
          encore « Eternel au lieu de Dieu ».
          Certaines de ces licences renseignent de façon intéressante sur l’évolution du langage, par
          exemple : « n’a guère pour il n’y a pas long-temps ».
          Mais il nous signale deux licences toujours dignes d’intérêt car actuelles :
          -encore accepte l’orthographe encor, dont l’absence de voyelle « e » non accentuée autorise
          un placement à la césure ;
          -avec accepte l’orthographe avecque en trois syllabes.

          Ceci étant, le meilleur conseil fait au poète reste de parler français sans artifice.
          Et, si certains font valoir que Victor Hugo n’hésitait pas en tant que de besoin à supprimer le
          « s » final d’une conjugaison, il suffit de répondre que, précisément, c’était Victor Hugo.

          3-3 L’harmonie entre les vers

          3-3-1 Les échos
          En écriture poétique classique, chaque vers s’achève sur une rime, rappel musical périodique
          alterné masculin et féminin. Dans une strophe, l’ensemble des vers se répondent l’un l’autre
          par leurs rimes. Leurs rythmes se complètent. Le tout forme un chant.

          Si à l’intérieur du vers concerné, ou chez ses voisins, se trouve un mot comportant la même
          terminaison qu’une des rimes qui se répondent, il en naît une résonnance nuisant à l’harmonie
          générale. En effet, le rythme s’en trouve haché, saccadé, comme si le vers se fragmentait en
          autant de petites sections. Cette sensation déplaisante s’accroît lorsque le rappel sonore se
          situe à la césure. On l’appelle l’écho.

          Cela paraît compliqué, mais c’est simple, prenons un exemple :
          « Surtout, qu’en vos écrits la langue révérée
          Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
          En vain vous me frappez d’un son mélodieux. »

          Dans ces vers, les mots excès et frappez procurent un rappel sonore tendant à transformer les
          alexandrins en double vers de 6 pieds. Ce sont des échos.
          L’écho constitue une faute estimée plus ou moins grave selon les académies. A titre indicatif,
          Pierre  Restaut  se  limite  à  recommander  de  n’y  recourir  qu’avec  beaucoup  de  réserve  et
          ménagement. Pour ma part, je ne l’exclus que s’il est déplaisant à l’oreille.

          Les plus grands poètes classiques ont souvent négligé cette règle, et mon exemple plus haut
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