Page 18 - Petit guide pratique et facile de versification de Franck Lafossas
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          Exemple : Ma terre, toi qui portes / en toi toute moisson :
          Dans ce vers, la conjugaison « s » du verbe « portes » empêche l’élision. Le vers est irrégulier.

          2-3-9 l’élision obligatoire du « e » non accentué précédé par une voyelle sonore
          A l’intérieur du vers, la voyelle « e » non accentuée, terminant un mot, doit faire l’objet d’une
          élision chaque fois qu’elle est précédée par l’une des voyelles sonores é, i, o, u, y

          Par  exemple,  dans  le  mot  prairie,  le  « e »  final  n’est  pas  accentué  et  il  est  précédé  par  la
          voyelle  sonore  « i ».  La  règle  s’applique.  En  conséquence,  si  le  mot  prairie  est  placé  à
          l’intérieur du vers, il doit être suivi d’un mot commençant par une voyelle afin d’assurer l’élision
          de son « e » final.
          Le vers suivant respecte cette règle :
          « Ma prairie, en coteau, s’imagine montagne » : la voyelle « en » absorbe la voyelle « e ».

          Autre exemple, dans le mot joue, le « e » final n’est pas accentué et il est précédé par la voyelle
          sonore « u ». La règle s’applique. Si le mot joue (aussi bien le nom que le verbe) est placé à l’intérieur
          du vers, il doit être suivi d’un mot commençant par une voyelle afin d’assurer l’élision de son
          « e » final.
          Le vers suivant respecte cette règle :
          « Il en joue, appliqué, mais ne regarde l’heure » : la voyelle « a » absorbe la voyelle « e ».

          Le vers suivant ne respecte pas la règle :
          « La joue du bébé rougissait du feu » : car la voyelle « e » ne peut être absorbée, faute d’être
          suivie par une voyelle.

          2-3-10 L’interdiction des « e » prisonniers
          L’obligation d’élision qui précède a pour effet d’interdire de placer au pluriel, avec un « s » final,
          tous les mots, noms ou verbes, terminés par la voyelle « e » non accentuée précédée par l’une
          des voyelles sonores é,i,o,u,y.

          L’explication  en  est  simple :  ce  « s »  final  rendrait  prisonnier  le  « e »  non  accentué  qui  ne
          pourrait s’unir avec une voyelle. Il interdirait l’élision nécessaire.
          De tels mots, comme par exemple les joues, les pies, les vies, les baies, les allées, les rues, ne
          peuvent donc figurer qu’en fin de vers, à la rime.
          Il en est de même, pour la même raison, pour les verbes conjugués en « aient » chaque fois
          qu’ils correspondent à une rime féminine.

          2-4 L’enjambement des vers

          2-4-1 L’enjambement
          Lorsque  l’idée  développée  dans  un  vers  dépasse  le  contenu  de  ce  vers,  on  appelle  ce
          dépassement  un  enjambement.  La  règle  classique  proscrit  cette  façon  de  procéder,  car
          chaque vers constitue une entité.

          De fait, il est parfois bien difficile de l’éviter.
          Par  exemple,  l’enjambement  qui  suit  est  tiré  de  l’Art  poétique  de  Boileau.  Quelques  lignes
          seulement après avoir affirmé « Et le vers sur le vers n’osa plus enjamber », le censeur écrit :
          « Tout reconnut ses lois et ce guide fidèle
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