Valérie Berthet-Boyer – Artiste Littéraire – Auteure & Poète
Membre sociétaire de la Société des Poètes Français
Après des études de Commerce International et de Langues, Valérie Berthet-Boyer a occupé des postes à responsabilité dans le domaine du Marketing. Son souvenir professionnel le plus marquant reste associé aux Jeux Olympiques d’Albertville 1992 où, au sein de l’équipe menée par Jean-Claude Killy et Michel Barnier, elle a été en charge pendant 4 ans de la négociation des contrats de licences de marques pour les produits portant les emblèmes olympiques.
L’amour des grands espaces l’a conduit à réaliser quelques-uns de ses rêves, dont celui de chevaucher avec des ranchers-cowboys pour guider les troupeaux dans les plaines du Montana. Très sensible à la culture amérindienne, le thème de son mémoire de fin d’études portait sur l’exode forcé – le « déplacement » – des Cherokees en 1838, tristement connu sous le nom de « la piste des larmes ».
La montagne et la mer tiennent une grande place dans sa vie, avec la pratique assidue du ski alpin et de la voile, mais aussi dans ses écrits.
Si la Nouvelle – principalement poétique et policière – a été son point d’entrée dans l’écriture, la découverte de la rigueur de la Poésie classique, de la musicalité de la poésie libre, ainsi que de l’univers merveilleux des Fables et Contes, a été une révélation.
Valérie Berthet-Boyer a eu la joie et l’honneur de voir ses écrits récompensés par de nombreux prix ces trois dernières années, dont 16 premiers prix en 2024 et 18 premiers prix en 2025 – dans toute la France et au Québec (Grand Prix ALVO 2024 en poésie et prose, Grand Prix 2025 de l’Académie des Arts-Sciences-Lettres en poésie et en prose, Plume d’Or à Colmar, 1er prix de Poésie classique EuroPoésie parrainé par l’UNICEF, 1er prix du Conte décerné par la société des Arts et Lettres de France »…)
Elle partage désormais son temps entre la Bretagne et le Canada.
A la tête d’une famille nombreuse, et désormais « Granny » de plusieurs petits-enfants, son souhait le plus cher serait de les guider dans l’éveil de leur curiosité et sensibilité artistique, et de leur transmettre le goût de la lecture et de l’écriture.
Prix littéraires / Distinctions
2025
ALVO (Amitiés Littéraires du Val d’Orléans)
- 1er prix – Nouvelle
- 1er prix – Sonnet
- 2ème prix – Formes fixes
Société des ROSATI (Arras)
- 1er prix des ROSATI -VISAGES DU NORD (poésie libre)
- 1e prix de la Ville d’Arras (poésie néo-classique)
- 3 roses d’honneur
SALON DES POÈTES DE LYON
- 1er prix – Nouvelle
- 1er prix – poésie libre
- 1er prix – poèmes courts
- 2ème prix – poésie néo-classique
ACADÉMIE ARTS SCIENCES LETTRES (Paris)
- 1er prix Poésie libre
- 1er prix Nouvelle
NANTERRE POEVIE
- 1er prix Poésie libre
Concours VILLE DE MONTMELIAN
- 1er prix Sonnet
- 1er prix Poésie libre
- 1er prix Nouvelle
- 2ème prix Poésie classique
LETTES ET ARTS SEPTIMANIENS (Narbonne)
- 1er prix Formes fixes
ARTS ET POESIE DE TOURAINE
- 1er prix – Nouvelle
- 2ème prix – poésie néo-classique
SPAF LORRAINE
- 1er Prix Chardon Lorrain pour un ensemble de poèmes
JEUX FLORAUX ALPINS
- 1er prix Jeux Floraux Alpins – Nouvelle
Concours VILLE DE CLOHARS-FOUESNANT
- 1er prix de Poésie
PRIX INTERNATIONAL ARTHUR RIMBAUD (Paris)
- 2ème prix poésie néo-classique
- 3ème prix sonnet
ASSOCIATION PHILEMON – SPAF OCCITANIE
- 2ème prix Sonnet
- Rondel 1ère mention
LES AMIS DE VERLAINE (Metz)
- 2ème prix de Poésie
ACADEMIE OCTAEDE
- 1ère mention Sonnet
2024
- GRAND PRIX ALVO 2024 en poésie et prose
- Plume d’Or / 1er prix de Poésie classique, Concours La Plume Colmarienne
- 1er prix de Poésie classique, Concours EuroPoésie / UNICEF
- 1er prix « Contes », Concours Arts et Lettres de France
- Prix spécial du Jury Concours Gaston Miron – Québec – Prix « Excellence de la langue Française »
- 1er prix de Poésie libre à l’unanimité du Jury Concours Nanterre Poévie
- 1er prix Concours de Poésie à l’unanimité du Jury de la Ville de Montmorency
-
- Prix coup de cœur du jury
- 1er prix Concours de Poésie à l’unanimité du Jury de la Ville du Pouliguen
- Prix d’honneur du Chardon Lorrain 2024 (Metz) pour l’ensemble des œuvres
- 1er prix de Poésie classique – Concours ALVO
- 1er prix « Contes » – Concours ALVO
- 1er prix Georges Perec – Concours ALVO
- 1er prix de Poésie néo-classique – Concours Les Arts Septimaniens (Narbonne)
-
- 2ème prix « Poésie classique »,
- 3ème prix en catégorie « Poésie libre »
- 3ème prix « Contes »
- 1ère mention « Sonnet »
- 1er prix « Poésie expression libre », Concours Hautes Terres d’Oc
-
- 1er prix « Haiku »
- 3ème prix poésie néo-classique
- 1er prix de Poésie, Concours Mairie Saint Rogatien
- 1er prix de Poésie libre Concours Association Poésie Terpsichore (Carcassonne)
- 1er prix Poésie courte
- 3ème prix Poésie classique
- 1er prix de Poésie, Mairie de la Bastide Saint-Georges
- Prix spécial du Jury, « Poésie classique », Concours POETIKA
- 2ème prix « Poésie classique », Concours les Amis de Verlaine
-
- 1 mention d’honneur
- 2ème prix de Poésie libre, Concours de Boujan S/Libron
- 2ème prix texte humoristique, Concours de Boujan S/Libron
- 3ème prix de Poésie de Forme fixe, Concours de Boujan S/Libron
- 2ème prix Poésie libre – Concours ALVO
- 3ème prix Nouvelle – Concours ALVO
- 3ème prix catégorie « Nouvelles », Concours les amis de Thalie
- 3ème prix « Poésie classique », Association PHILEMON – Société des Poètes de France, OCCITANIE
- Mention Prix Georges Pérec – Concours ALVO
2023
- 1er prix « Poésie classique » – Compagnie des Ecrivains de Tarn et Garonne
- 2ème prix catégorie « Nouvelles » ALVO (Amitiés Littéraires du Val d’Orléans)
2022
- 1er prix catégorie « Nouvelles » Arts et Lettres de France
- 1er prix « Contes et Nouvelles » – Académie des Jeux Floraux Alpins
- 1er prix « Poésie libre » ALVO (Amitiés Littéraires du Val d’Orléans)
- 1er prix catégorie « Contes » ALVO (Amitiés Littéraires du Val d’Orléans)
- 1er prix concours littéraire de la ville de la Trinité-sur-Mer
2021
- 1er prix catégorie « Nouvelles » ALVO (Amitiés Littéraires du Val d’Orléans)
Recueil
- Un recueil de ses écrits sera disponible à l’automne 2024.
Contact
Valérie Berthet-Boyer
Adresse : La Trinité-sur-Mer et Sainte-Agathe-des-Monts (Québec)
Tél. : 07 49 30 20 12
Site web officiel : https://www.valerieberthetboyer.com
Email : valerieberthet@gmail.com
Les poèmes
ODE AU PRINTEMPS
Sur l’ourlet de l’azur un pinson s’est posé,
Au rayon du soleil il accroche son trille.
En l’honneur du printemps un hymne a ciselé,
A tue-tête il l’entonne et ravit la charmille.
Profitant de l’aubade, en légers tourbillons,
Un pétale s’en va dans la brise en voyage.
Un cortège le suit d’élégants papillons,
Un parfum d’allégresse embaumant leur sillage.
Cependant que renaît la lueur du matin,
D’une corolle à l’autre une abeille s’active.
Sur son torse velu, rassemble le butin,
Puis gagnera la ruche en cohorte festive.
Mais voici que s’élance en petits bonds joyeux
La mutine cascade à la voix cristalline !
La libellule éclot de son cocon soyeux,
Laissant l’onde flatter ses reflets d’opaline…
Jubilez séraphins, faites rouler tambours
Car la belle saison va déployer son charme !
Dans ce cadre enchanteur si propice aux amours,
De bonheur les cœurs purs essuieront une larme.
Valérie Berthet-Boyer
PREMIER BAISER
Blotti contre mon cœur sommeille un souvenir,
Empreint de pureté, mâtiné de tendresse.
Lorsque je m’abandonne et l’invite à venir
Aussitôt devant moi tout en grâce il se dresse.
Nous n’avions que quinze ans, âge empli de candeur,
Et distillions encor le parfum de l’enfance.
Les sentiments naissants revêtus de pudeur
Concédaient aux regards une douce innocence.
Un soir d’été pourtant, de chaleur alanguis,
Défenses mises bas, nos ombres se frôlèrent.
Pour embraser les sens l’effleurement suffit,
De nos lèvres monta une intense prière.
Naquit de ce baiser un frisson délicat
Déposant dans nos corps un essaim de promesses.
Sous le dais étoilé que le ciel déploya
Se délièrent nos mains en de chastes caresses.
Puis la nuit accueillit les secrets chuchotés.
La dentelle des mots dessina des « je t’aime »
Berçant de leur ferveur nos deux cœurs enlacés.
Lorsque l’aube revint, je n’étais plus le même.
Une audace nouvelle exerçait son pouvoir,
Qui me parait soudain d’une armure invisible.
Rayonnant d’assurance apparue en un soir,
J’avançais, confiant, désormais invincible.
De ce divin instant mon âme a su brosser
Dans des teintes pastels la plus belle des toiles.
Je chéris ce trésor, ce tout premier baiser,
Qui m’éveilla au monde en un souffle d’étoiles.
Valérie Berthet-Boyer
LE DRAGON DE FEU
Je suis le dragon à la langue de feu
Qu’abritent les entrailles du volcan assoupi.
Bouillonnant d’impatience je m’agite et je piaffe,
Je gronde de rage et bride ma fureur.
Où est donc cette faille
Que je cherche sans relâche
Pour exhaler enfin mon haleine brûlante ?
Une fois libéré je cracherai des flammes,
De mon souffle de braise j’éteindrai toute vie.
Monstrueux forcené je fondrai dévorer
Les flancs épouvantés du cône qui craquelle.
Vous m’entendrez mugir jusqu’au fond des vallées
Que je ferai mourir sous des coulées gluantes ;
Vous tremblerez d’effroi en fuyant le chaos
Lorsque mes pas pesants affoleront la terre.
Le calme succédant aux agapes infernales,
Je baisserai les yeux pour contempler au loin
Les reliefs brûlants des martyrs décharnés.
Je répandrai le soufre pour marquer ma victoire
Qui sera célébrée sous d’ardentes nuées ;
S’épouseront alors le ciel et la terre
En un magma sanglant empourprant l’horizon.
Enfin rassasié je gagnerai mon antre
En laissant échapper des panaches de fumée ;
Et je m’assoupirai sous le dôme cendré
Enivré et gorgé de ma propre puissance.
Valérie Berthet-Boyer
LA VOIX D’UN ANGE
J’entends parfois sa voix au timbre si touchant,
Je revois un sourire éclairer son visage
Lorsqu’elle s’exprimait de son air innocent…
On ne pouvait qu’aimer cette élève bien sage.
Novembre déployait sans effort un ciel lourd
Quand parut un matin la nouvelle venue.
Le groupe l’exila dans un coin de la cour,
Pourquoi donc accepter cette étrange recrue ?
Ses parents exilés de leur pays meurtri
Sans cesse l’enjoignaient : « Tu dois gagner ta place !
C’est un nouveau départ, loin des peurs, du conflit,
Il faudra te montrer confiante et loquace ! »
Après l’isolement vinrent les quolibets.
Nous moquions sa couleur et ses yeux en amande.
Quoi de mieux qu’inventer de cruels sobriquets ?
La faire taire était le vil plan de la bande.
L’imagination de méchants garnements
Pour harceler autrui n’avait point de limite.
Insultes et coups bas, messages dénigrants
Sans cesse humiliaient cette pauvre petite.
A l’instar d’une meute aux sadiques instincts,
Nous ne goûtions rien tant que la voir acculée.
Trop contents d’être alors parvenus à nos fins,
Nous guettions l’hallali pour lancer la curée.
Notre abjecte puissance en tout temps s’exerçait,
Sentiment de pouvoir, sadique connivence.
Nul adulte ne vint mettre un terme aux méfaits,
Leur silence coupable étouffait l’innocence.
Reste le cauchemar, lesté de mon remords.
Un ange s’y débat, l’âme de noir vêtue.
Je l’entends supplier, puis le son se distord…
Pour connaître la paix, sa voix s’est-elle tue ?
Valérie Berthet-Boyer
NOCES VOLCANIQUES
Tel le dragon à la langue de feu
Qu’abritent les entrailles du volcan assoupi,
Je réside en vos âmes où je règne à l’envi,
Ecumant d’impatience en attendant mon heure.
Je suis l’inspiration et je vis à ma guise.
Energie créatrice, je m’agite et je piaffe,
Quand je l’ai décidé je déserte mon antre
Pour exhaler enfin ma verve brûlante.
Une fois libéré, mes premiers soubresauts
Feront trembler les sens du poète à l’affût.
D’une fertile étincelle j’allumerai sa flamme…
Danse l’imagination dans l’air qui crépite !
Expulse tes idées en d’ardentes nuées !
Laisse-toi envahir par la force bouillonnante
Avant qu’elle ne te laisse exsangue et pantelante !
Brusquement jailliront, geysers incandescents,
Les mots tant convoités aux panaches fumants.
Les rimes s’embraseront et les vers fuseront.
Fiers et flamboyants, ils s’en iront rejoindre
Des pages vierges les flancs impatients
Pour s’unir en beauté en de fiévreuses coulées…
Dans ce magma fécond une œuvre prendra vie,
Tandis que, satisfait, je gagnerai mon nid.
L’auteur et son poème célèbreront alors
Sous des pétales de braise leurs noces volcaniques.
Valérie Berthet-Boyer
ODE AU MONT FUJI
Douce icône volcanique,
Ta silhouette parfaite
Ourlée de mille siècles
Élève jusqu’aux cieux son cône immaculé.
Telle l’aïeule à la coiffe nacrée
Contemple le bambin endormi à ses pieds,
Tu veilles avec soin sur un lac immobile
Nourri des eaux pures montées de ton sein.
Quelques barques paisibles
Glissent sur l’onde limpide
Qu’épouse en beauté
L’espace azuréen.
Illustre souverain,
Le cerisier en majesté
Ceint ton sommet virginal
D’une couronne de pétales rosés,
Tandis que pèlerins et mystiques,
Adulant ta sagesse,
S’en vont défier tes pans d’albâtre
Saupoudrés d’éternité.
J’irai les retrouver
Sur le sentier argenté
Qui enlumine tes flancs.
Je mêlerai aux leurs mes pas ailés
Et nous ferons alors l’assaut du Paradis…
Valérie Berthet-Boyer
MES HAUTS-DE-FRANCE
Sur la toile des terres que le ciel illumine,
Piqués de coquelicots à l’ardeur fragile,
Dansent les champs de lin sous un souffle léger.
Soudain la brise s’échappe vers les côtes d’albâtre,
S’en va flatter les flancs des altières falaises
Gardiennes de l’horizon, colosses aux pieds d’argile…
Elle descend jusqu’aux plages qui se laissent caresser,
Accueillant les promesses des jours ensoleillés
Où les enfants radieux sèmeront en courant
Des coquillages nacrés tapissés de sel.
Puis elle se perd sur les dunes bercées par les vagues
Qui savent si bien murmurer des secrets
En langue du Nord
Aux accents du bonheur.
Elle arrive aux terrils qui s’élèvent, majestueux.
Dans leurs ombres l’espoir, compagnon si précieux
Des héros laborieux, fantômes d’un autre âge.
Enfin quand vient le soir la brise se pose
Sur les cités vibrantes au charme ensorcelant.
De Calais à Soissons les ruelles s’animent,
Au creux des cafés les rires s’entrelacent
Et les discours s’enflamment pour célébrer la vie
Dans un parfum de fête aux échos de partage.
Sera venu le temps de déclarer ma flamme
A ma région de cœur, tout en haut de la France,
Qui a tissé ses fils pour capturer mon âme.
J’irai la quérir à l’aube naissante,
Ses plus beaux atours la belle aura choisi.
Nous danserons alors sur des matins qui chantent
Avant d’aller cueillir les roses de Picardie.
Valérie Berthet-Boyer
SOUVENIR A’MER
Pipe à la bouche, clopin-clopant,
Le vieux marin chemine sur un quai luisant,
Domaines des ombres.
Dansez fantômes bruyants de ses frères d’océan
Sur le pont d’un chalutier balloté par la houle !
Mettez crânement le cap sur d’amers horizons
Pêcheurs de morue armés de courage !
Battez fier pavillon d’un avenir meilleur !
Montent alors des odeurs prometteuses
Exhalées par les cales quand souriait la chance.
Résonnent, plein d’ardeur, les chants de l’équipage
Pour combattre le froid qui mordait jour et nuit.
Soudain hurle le vent qui déchaîne les flots sur leurs âmes transies.
Se dresse l’épouvante qu’il faut bien conjurer
Pour assurer la croûte à ceux restés à terre !
Les éléments parfois ont raison des plus braves.
Casquette en berne, le vieil homme se tasse.
Brillent ses yeux jaunets tout noyés de larmes.
Tremblent ses mains calleuses dans ses poches de laine.
Repose tout au fond de son cœur cabossé
La lancinante image
De ses frères de sang dans leur linceul de mer.
Valérie Berthet-Boyer
RACINES SACRÉES
A l’ombre du sous-bois tout de lichen ocré,
En méandres savants les racines s’enlacent.
Les chênes plantureux, confiants, se prélassent,
Arrimés sans effort à leur socle nacré.
Les racines de l’homme ont un rôle sacré
Car un fil invisible à son cœur elles lacent.
Curieux de savoir où ses sources le placent,
Leur histoire il lui faut pour se sentir ancré.
Quant à moi, ne les juge attachements futiles.
Au jardin des aïeux sont les garants utiles
Des mondes d’un autre âge et de temps révolus.
Fondement souverain, ne puis bâtir sans elles,
J’y puise mon élan, mes accords absolus.
Comment m’envolerais-je en oubliant mes ailes ?…
Valérie Berthet-Boyer
RONDEL
JEUNES ANNÉES
Où filez-vous, jeunes années ?
Tout doucement le temps s’enfuit.
Le sablier coule sans bruit,
Les roses tendres sont fanées.
Restent les heures surannées,
Discret fantôme qui me suit…
Où filez-vous, jeunes années ?
Tout doucement le temps s’enfuit.
Verdeur et force abandonnées,
Bientôt les ombres puis la nuit…
Les passions qui m’ont construit
Au souvenir sont condamnées.
Où filez-vous, jeunes années ?
Valérie Berthet-Boyer
ÉLOGE DE LA GRÂCE
Infinie est la grâce,
Tel un ciel d’été lorsque les étoiles déploient
Leur éternelle beauté.
La grâce d’une mère
Déposant sur l’enfant un voile de tendresse,
Quand de son souffle elle caresse les longs cils endormis.
La grâce de ce cou,
Petit tambour de peau tiède
Où palpite une veine au rythme de la vie.
La grâce de l’instant,
Léger papillon porté par le vent,
Plane puis se pose délicatement à l’orée du bonheur.
La grâce de la rose
Inclinant sans rougir son buste soyeux,
Offrande polissonne au bel astre de feu.
La grâce de la valse du flocon
Qui virevolte dans l’aube cristalline
Au gré de ses envies.
La grâce d’une main
Qu’effleure un fol amant délaçant le désir,
Prélude à l’abandon.
La grâce des mots vrais
Lorsqu’ils allègent la peine,
Du chagrin levant le crêpe pour aller l’âme consoler.
La grâce ourlant nos cœurs
D’un ruban de dentelle
Ondulant dans la brise qui précède l’extase.
La grâce est en chacun,
Elle est en toutes choses
Et sait nous enchanter…
Valérie Berthet-Boyer
MWANDI
Je m’appelle Mwandi, nom choisi par mon père
En l’honneur du trésor qu’il aimait tant bercer.
Doux prénom ancestral, on le traduit « Lumière »,
Celle des jours heureux qu’il faut savoir goûter.
Gamine insouciante escaladant les dunes
Qui formaient les plus beaux des espaces de jeux,
Mes rêves reflétaient l’éclat de mille lunes
Quand mon ciel, tout à coup, prit un tour ténébreux.
Un soir j’avais surpris, au centre du village,
Mon père et ses amis, l’air grave et tourmenté.
Il fallait protéger des guerres et pillages
Les femmes, les enfants, les mettre en sûreté.
Le lendemain très tôt nous avons pris la route,
Compagnons d’infortune au cœur lesté de plomb.
De l’ardeur et du cran il nous faudrait sans doute
Pour braver les dangers, juste armés de bâtons.
Tandis que le soleil de son souffle de braise
Attisait la douleur dévorant nos pieds nus,
Faim et soif nous hantaient dans l’affreuse fournaise,
Le désert, mon ami, ne me protégeait plus.
J’accrochais mon destin au regard de ma mère
Qui m’insufflait sa force en me tenant la main.
Nous marchâmes ainsi jusqu’à l’esquif sommaire
Qui viendrait prolonger ce voyage inhumain.
Toujours je reverrai les visages de cire
Des passagers crispés qui ravalaient leurs peurs.
A l’espoir de survivre il leur fallait souscrire,
Otages des démons qu’on appelle passeurs.
Où nous mènerait donc cet exil mortifère ?
Mon âme a fait naufrage à force de sanglots.
Rien ne remplacera l’étreinte de mon père,
Engloutie à jamais l’innocence en ces flots.
Valérie Berthet-Boyer
JARDINS
Élégant ou champêtre, utile ou d’ornement,
Poumon de mégapole ou cache romantique,
Bel écrin de castel, lieu de ravissement,
Les jardins sont divers mais chacun est unique.
Mon grand-père a le sien, bio revendiqué,
Où l’odorante rose, incontestable reine,
Méprisant l’origan tout juste repiqué
Observe avec dédain la commune verveine.
Le potager fécond aux sillons généreux
Procurant sans relâche à celui qui le choie
Ses précieux primeurs et trésors savoureux,
Sans compter la nigelle aux pétales de soie.
Le jardin bucolique à l’air échevelé,
Le classique parfait où tout n’est que structures ;
Le modèle à l’anglaise au fouillis calculé,
Abritant en son sein de lascives sculptures.
Voici celui d’Eden où jadis retentit
La divine fureur qui s’abattit sur l’homme.
Pour le faire punir le Malin lui mentit,
Quel cruel châtiment pour une simple pomme…
Le zen harmonieux sait nous émerveiller.
Sublimant la nature avec délicatesse
Il enchante nos sens et vient l’âme éveiller
À son monde serein, tout de charme et justesse.
On aime s’y blottir, cocon réconfortant,
C’est le jardin secret où s’exerce l’intime.
Ni jugement ni crainte, on y goûte l’instant,
La paix nous enveloppe en ce refuge ultime.
Le mien est poésie et me comble à foison.
La rime bien ourlée en festonne la ligne
Et met les mots taquins tous au diapason.
J’écoute alors Candide et cultive ma vigne…
Valérie Berthet-Boyer
LA BIGOUDÈNE
Coiffe en proue, écrasée par la brise,
La fière Bigoudène
Clopine et se dandine
En arrimant ses lourds jupons
De ses deux bras puissants.
Clac-clac font les sabots de bois sur les pavés glissants.
Pfuitt dit le vent qui fait voler la dentelle de son tablier blanc.
Œil clair, pommettes hautes,
Face ridée comme une prune trop mûre,
Courage au cœur et foi en bandoulière,
La fière Bigoudène
Qui clopine et se dandine
Brandit en étendard
Son clocher de dentelle.
Et vogue, vogue,
Portée par le vent
Tel un vaisseau de fortune,
La fière Bigoudène
Clopine et se dandine
Dans le dédale des ruelles
Qui mènent à l’océan.
Tangue, tangue son corps massif
Tout de noir enchemisé
Lorsque la brise ramène la voix des disparus.
Ploc-ploc fait alors la pluie
Qui vient diluer le chagrin
Dans les sillons de ses joues de granit.
Coiffe en proue, cap au vent,
Clopine et se dandine
La fière Bigoudène,
Invincible monument.
Valérie Berthet-Boyer
A L’ÉCOLE DU BONHEUR
« Crri, crri… » grince et crisse l’acariâtre craie
Lorsqu’elle s’attaque au grand tableau noir,
Y faisant défiler au pas la fière Histoire de France
Avant d’y convoquer la scélérate grammaire.
« Toc toc » rétorque sèchement la règle,
Cette pimbêche revêche,
Alors qu’elle fait son entrée
Brandie par notre Maître sur son estrade perché.
« Kreut kreut » crachote gentiment mon ami le poêle
Quand il laisse échapper de son ventre tout rond
La divine chaleur qui tisse son cocon
Autour de nos corps d’enfant.
« Gling Gling » tambourine la pluie sur les carreaux qui nous séparent du paradis
Où, en attendant de la cloche l’appel,
Des petites mains ont tracé des marelles
Pour nous faire gagner le ciel.
« Poc » fait la pimpante bogue
Atterrissant gracieusement après un vol plané
Depuis les branches du paisible vieillard
Qui règne sur la cour tout en majesté.
« Mmmm », lourdes sont nos paupières
Après le fricot dévoré dans les gamelles en fer blanc
Que nos mères ont garnies
En y ajoutant une pincée de tendresse.
« Ho hisse » fait mon cœur
Halant haut les voiles du grand vaisseau
Où ces précieux souvenirs dans leur coffre scintillent
Comme autant de trésors.
Valérie Berthet-Boyer
LES VIEUX AMANTS DES ÎLES SOUS-LE-VENT
Longeant les papayers, cheminant de concert,
Les amoureux d’antan en riant se taquinent.
De sa canne de bois parfois l’homme se sert
Pour donner la cadence, et leurs pas s’accoquinent.
Par un doux mouvement l’un vers l’autre portés,
Accordant leur tempo leurs épaules s’épousent.
Au fil de la balade et des mots chuchotés,
En toute intimité les secrets se décousent.
Profitant d’une pause à l’ombre d’un plantain,
Leur innocent babil cède soudain la place
A de tendres regards. Vient alors une main
Sa semblable quérir, la saisit puis l’enlace.
Déposant sur sa belle un voile de ferveur
Le souffle caressant du vieil amant fidèle
Effleure son visage au rythme de son cœur,
Prélude au long baiser parfumé de cannelle.
S’échangeant à mi-voix les plus brûlants aveux
Le vieux couple reprend vers la plage sa route,
Sublimant leur amour en une ombre pour deux.
Que voient-ils devant eux ? L’éternité, sans doute.
Valérie Berthet-Boyer
ÉLÉGIE POUR UNE ÂME EN DEUIL
Belle âme, que n’es-tu d’une armure vêtue
Pour ne point vaciller sous les coups du chagrin.
A dévaster ton cœur la peine s’évertue,
Et tu courbes l’échine en affrontant le grain.
Tu sombres en toi-même, aliénant tes repères,
Tandis que le tocsin martèle la douleur
Au rythme de l’effroi, condamnant tes prières
A résonner sans fin dans ce vortex hurleur.
Ressens-tu le vertige au-dessus de l’abîme
Où te plonge, cruel, ton bonheur inhumé ?
Souviens-toi que longtemps tu devras cette dîme
Au même désespoir qui t’aura consumé.
Un jour prochain pourtant les ailes de la vie
Reprendront le fardeau de tes âpres tourments,
Te libérant enfin d’un monde sans envie
Et commuant l’orage en des cieux plus cléments.
Par le temps souverain tes plaies seront pansées,
Cet onguent de fortune apaisant tous les maux.
Souvenirs caressants, images encensées,
Offriront à ton cœur les plus beaux des rameaux.
Et tu t’envoleras vers des aubes meilleures,
Fragile chevalier qui presque succomba,
Accueillant vaillamment les promesses des heures
Qui t’auront vu du deuil remporter le combat.
Valérie Berthet-Boyer
MON PÉPÉ
Ton regard s’embuait, ta voix se faisait douce
Quand je tendais vers toi mes petits bras charnus.
Me soulevant de terre, embrassant ma frimousse,
Tu me calais alors contre tes flancs chenus.
Comblée de tendresse je me souviens des roses
Que pour moi tu cueillais de tes tremblantes mains,
Choisissant avec soin celles dont les robes closes
Promettaient de livrer le plus doux des parfums.
Les jeudis de congé tu sortais ma dînette
Quand je venais jouer dans ton jardin fleuri.
A l’ombre du grand saule j’y goûtais la recette
Des joies toutes simples, d’un bonheur infini.
Me reviennent aussi tes luttes incessantes
Pour refouler en vain les gourmands sansonnets
S’attaquant sans vergogne aux griottes tentantes,
Dardant leur chant moqueur, riant de tes filets.
Ces leçons de choses distillaient leurs morales,
Grâce à toi dans la vie chaque jour j’ai croqué.
De courage et d’ardeur, ces vertus familiales,
J’ai rempli ma besace et ton cœur écouté.
Avec des mots désuets empreints de bienveillance
Tu m’enseignais qu’il faut témoigner ses bontés,
Que l’avenir toujours mérite notre confiance,
Et que se sentir fort vaut toutes les armées.
Valérie Berthet-Boyer
PLUME
Depuis son encrier la plume se redresse,
Répondant à l’appel du poète amoureux.
Le galant la saisit dans un élan fiévreux
Pour déposer ses mots ainsi qu’une caresse.
Elle sait être douce et remplir de tendresse
Le nid de l’oisillon, chaud cocon vaporeux.
On admire sa valse en cercles langoureux
Au gré du vent taquin, image enchanteresse.
Les ailes de l’aigrette elle orne également,
Sur sa tête un panache, exquis raffinement.
Le paon, lui, les expose, et crânement pavoise.
Boa, coiffe ou bien loup au chic incontesté,
La plume qui séduit tandis qu’on l’apprivoise,
Piquée en son chapeau se cambre en majesté.
Valérie Berthet-Boyer
LES PÉCHÉS CAPITAUX…
LA PARESSE
Que ne puis-je passer dans mon lit la journée
Pour toujours y goûter le soyeux de ses draps…
Dans ce tiède cocon je retrouve Morphée
Et soupire d’extase en tombant dans ses bras.
Effrayé par l’effort, nul labeur ne me tente,
Les aiguilles du temps ne sauraient me presser.
De mon maître absolu – la flemme persistante –
Les préceptes exquis ne voudrais transgresser…
On me dit apathique et pourtant je m’applique
Sans relâche à parer les appels à œuvrer.
Il me faut ignorer les savantes suppliques
De celui qui voudrait au travail m’inciter.
Sur les bancs de l’école, et malgré mon jeune âge,
Déjà je disposais d’une réputation…
N’ayant jamais montré quelque once de courage
Au dieu de la torpeur je portais dévotion.
Alors oui, je le dis, fièrement je paresse,
Fainéant et cossard sont mes deux pavillons.
L’indolence suprême en tout temps je professe
Avec l’oisiveté comme unique aiguillon.
Valérie Berthet-Boyer
LES PÉCHÉS CAPITAUX…
LA JALOUSIE
LES CAPRICES DE L’AMOUR
Ne vous l’avais-je dit ? Toujours gagne l’amour…
Avez-vous remarqué qu’il se montre farouche
Quand on croit le tenir, né d’une ardente cour ?
Ne fait-il pas faux bond à la moindre escarmouche
Alors qu’on le croyait fidèle troubadour ?
Je vivais d’espérance, attendant qu’il me touche,
De Cupidon brûlant d’être enfin l’objectif.
Apparut le galant… D’une seule cartouche
Il attendrit mon cœur et le retint captif.
Je m’engageais entière et lui vouais mon être
Mais le bellâtre était un Dom Juan actif.
Il pensait me duper, c’était mal me connaître…
Ivre de jalousie et guettant son retour,
Sans l’ombre d’un regret j’assassinais le traître.
Ne vous l’avais-je dit ? Toujours gagne l’amour…
Valérie Berthet-Boyer
Les fables
LE ROSSIGNOL ET LA BUSE
En tout temps, en tout lieu ménageons nos voisins.
En fait la liberté de l’un
Se doit de prendre fin
Là où celle de l’autre établit ses confins.
Un rossignol chantait nuit et jour en forêt,
A gorge déployée il décochait ses trilles.
Jusque-là rien de mal, c’était son intérêt ;
Pour trouver une épouse et fonder sa famille,
Parmi la concurrence il faut qu’il s’égosille.
Quand vint le mois de juin il aurait dû cesser
Le concert qu’il offrait
Aux oreilles lassées
Qui peuplaient la futaie.
Emporté par l’élan, se croyant bon chanteur,
Il décide tout seul depuis son promontoire
Sans crainte de lasser son captif auditoire
De poursuivre son œuvre et ceci à toute heure.
Voyant que ses petits ne pouvaient fermer l’œil,
Sur un ton fort courtois la maman écureuil
Réclama de l’artiste un repos musical.
Le rossignol froissé reprit son récital
Enchantant, pensait-il, tout le monde animal.
Le hibou vint alors plaider sa noble cause :
Comment dormir le jour
A moins que d’être sourd,
Pour être frais la nuit il fallait une pause.
Rien n’y fit, le ténor
S’entêta sans temps mort
A gringotter bien fort.
Apparut une buse, entraînant dans les bois
Un silence de mort chez qui voulait survivre.
Seul l’oiseau tapageur, incapable de suivre
Le précepte avisé, fit entendre sa voix.
Fondant sur l’effronté le rapace attrapa
Le rossignol enfin silencieux et coi.
Croire avoir tous les droits
Expose l’impudent à s’en mordre les doigts.
Valérie Berthet-Boyer
L’OURS ET L’ÉCUREUIL
La gourmandise est un vilain défaut…
Je m’en vais vous narrer l’histoire d’un finaud
Qui l’avait bien compris et s’en trouva fort aise.
Un ours au fond des bois chassait un écureuil.
Celui-ci, leste et vif, entreprit un mélèze,
Lequel lui réserva le meilleur des accueils.
C’était mal estimer l’agile plantigrade.
Escaladant le tronc tout aussi prestement
Que s’il s’était agi d’une modeste estrade,
À la cime il s’en fut capturer l’insolent.
Rendu dans sa tanière il informe la bête
Qu’elle allait sans tarder figurer au dîner.
Le pauvre écureuil se met à trembler.
N’ayant pas le projet de finir dans l’assiette,
Il suggère au grizzly qu’une entrée il faudrait :
« – Avant que d’attaquer le plat de résistance
Faites-le précéder, oui, ce serait parfait !
De bleuets bien juteux, présents en abondance
Ici même en ces bois. »
Ces propos inspirés mettent l’ours en émoi,
Pourléchant ses babines,
À l’idée il opine.
Le geôlier serre le coquin
Et va quérir des baies, s’empiffrant au passage.
De retour il s’apprête à goûter son festin
Quand le met principal déclare sans ambages :
« – Privé de garniture un beau rôti n’est rien.
Imaginez des œufs à la chair délicate
Allouant, ainsi qu’il convient,
À ce festin royal une touche adéquate.
Dans les plus grands banquets
C’est règle des gourmets »
À ces mots l’épicurien salive.
Il décampe aussitôt faire l’assaut des nids,
Se gavant en passant de façon excessive.
Il regagne son antre où l’attend le hardi
Qui, rempli d’assurance,
Édicte qu’on requiert
Pour clore la bombance
Un fabuleux dessert.
« – Que diriez-vous mon beau du trésor des abeilles ?
Je puis vous assurer que c’est pure merveille !
N’y tenant plus notre glouton
court promptement
Se procurer du miel qu’il pille goulûment.
Une fois dans son gîte
Il s’endort lourdement
Tandis que l’écureuil en vitesse le quitte.
Au réveil le gourmand
S’élance à sa poursuite,
Mais lesté comme il l’est
L’ours traîne son ventre ainsi qu’un boulet
Et ne peut afficher qu’une allure réduite…
C’est donc le cœur serré
Que l’ursidé voit s’éloigner
L’objet de sa convoitise.
Alors il songe, tout penaud,
Qu’en matière de gourmandise
Tempérance prévaut …
Valérie Berthet-Boyer
Les nouvelles
UNE VUE IMPRENABLE
– « Au moins vous avez bien dormi la nuit dernière… »
Une petite voix flûtée me parvient alors que j’émerge d’un sommeil sans rêve. Je tourne la tête, puisque c’est une des rares parties du corps que je peux mouvoir, et j’aperçois une vieille dame en chemise de nuit à fleurs allongée dans le lit d’à côté. Mes idées se mettent en place tandis que la réalité s’impose à mon esprit embrumé. Mais oui ! Après avoir végété deux mois dans le service orthopédie on m’a transférée hier soir dans le service de « soins de suite ». « Végéter » est le bon terme puisque – depuis l’accident – je m’apparente plus à un légume qu’à un être humain. La faute à ce corset en plâtre qui me cloue au lit à plat dos pour laisser le temps à mes vertèbres brisées de cicatriser.
– Je vous ai entendu ronfler… ne croyez surtout pas que cela me dérange ! sourit ma compagne de chambrée. A mon âge on dort peu. Oh ! Mais je manque à tous mes devoirs… je me présente : Arlette Le Tougnec, bienvenue dans la chambre 108, orientée plein sud, vue imprenable !
Allons bon, il ne manquait plus que ça. Une voisine de lit bavarde alors que je n’ai qu’une envie : qu’on me fiche la paix.
– L’infirmière m’a dit que vous deviez rester allongée encore un bon mois, quelle tristesse ! Vous devez vous demander ce que je fais là ? C’est moins grave que vous, juste le col du fémur, une chute toute bête. Et puis quelques complications qui font que je dois prolonger mon séjour ici… »
Une vraie pipelette ! Elle croit peut-être que ses ennuis de santé m’intéressent ? Remarquez, elle a l’air plutôt gentille cette petite vieille, et ce n’est pas de sa faute si je suis de mauvaise humeur. Mais c’est ainsi. Je ronge mon frein.
Une aide-soignante entre dans la chambre en poussant un chariot.
– Bonjour Mesdames ! Avez-vous bien dormi ? Madame Le Tougnec, vous avez bonne mine, cela fait plaisir à voir ! lance-t-elle à ma voisine de lit. Je vais vous aider à vous lever et à faire votre toilette avant de vous installer près de la fenêtre.
Vingt minutes plus tard, la vieille dame toute pimpante dans une robe de chambre rose fuchsia trône dans un fauteuil en skaï, le regard rivé sur l’extérieur.
– Quelle belle journée ! on voit que le printemps n’est pas loin, les oiseaux commencent à construire leur nid et on aperçoit les premiers bourgeons dans les arbres. Vous devriez voir ça !
Elle en a de bonnes… Est-ce que je peux me lever pour voir ce qui se passe dehors ?
– Les mamans ne devraient pas découvrir trop vite leurs petits, regardez celui-ci, ni écharpe ni bonnet. Oh ! quel adorable teckel ! Il me rappelle mon Bobby, une boule d’amour. Et cette jeune fille… elle doit avoir rendez-vous avec son fiancé, elle a mis du rouge à lèvre, une jolie jupe et elle marche comme sur un nuage !
Ce babillage dure une partie de la matinée. Au bout d’un moment je m’endors, bercée par la petite voix haut perchée.
– J’espère que je ne vous ai pas ennuyée avec mon bavardage ? je me disais que vous deviez trouver le temps long allongée sans bouger, et que vous raconter ce qui se passe au-dehors vous changerait les idées…
L’intention est louable, j’ouvre un œil et n’ose pas contredire Madame Le Tougnec qui a regagné son lit. Elle me regarde en souriant, d’un air tellement bienveillant que j’en serais presque émue.
Le lendemain, la petite vieille reprend son poste à la fenêtre :
– Je l’avais bien dit qu’il ne fallait pas remiser trop tôt les manteaux d’hiver ! Les flaques d’eau sont gelées. N’oublions pas qu’une hirondelle ne fait pas le printemps ! Tiens, les jardiniers du square taillent les hortensias. Moi j’ai toujours entendu dire qu’il fallait couper les fleurs à l’automne. Oh la la jeune homme, allez vite prendre un ticket à l’horodateur ! Les contractuelles arrivent à grands pas ! Tiens, la demoiselle a les yeux rouges, elle a dû avoir des mots avec son fiancé. C’est triste un chagrin d’amour…
Malgré moi, j’écoute son incessante logorrhée. La matinée passe vite et j’ai presque un peu d’appétit lorsque le plateau du repas arrive. L’aide-soignante m’aide à avaler quelques cuillérées de purée.
– Vous avez bien mangé et votre tension était meilleure ce matin. Vous êtes sur la bonne voie !
Ma voisine se tourne vers moi en souriant :
– J’en suis heureuse pour vous, ma petite demoiselle. Songez à la joie que vous allez éprouver lorsque vous quitterez l’hôpital… Peut-être que quelqu’un vous attend chez vous ? Moi je n’ai pas cette chance, je suis ce que l’on appelle « une vieille fille », hihi… ça fait vieillot n’est-ce-pas ? Mais je n’ai pas à me plaindre, ma vie a été heureuse, ponctuée de moments de bonheur et de….
Mes yeux se ferment doucement et, curieusement détendue, je me laisse emporter par une sieste, sourire aux lèvres.
A mon réveil, Madame Le Tougnec est à son observatoire, concentrée sur le spectacle auquel elle assiste depuis la fenêtre.
– Je crois que j’aperçois les premières fleurs de mimosa ! Quelle couleur intense ! Et regardez ce couple de mésanges qui va chercher à tour de rôle la mousse qui garnira le nid pour le confort de leurs petits. La nature n’est-elle-pas merveilleuse ? Ce sont des mésanges bleues, elles sont magnifiques ! Oh… mais je les vois se donner des bécots entre deux tournées, n’est-ce-pas absolument a-do-ra-ble ?
Je ferme les yeux, mais pas pour dormir cette fois-ci. Derrière mes paupières j’entends le chant mélodieux des mésanges et je vois leurs becs minuscules se chercher pour un baiser. Leurs trilles joyeux égaient la chambre terne et triste. Il me semble qu’un rayon de soleil vient caresser mon visage tandis que l’odeur du mimosa chatouille mes narines ; une explosion du jaune le plus intense que j’aie jamais vu inonde mon lit. Un immense bien-être m’envahit.
Les jours passent, rythmés désormais par les savoureuses descriptions du monde extérieur que m’en fait ma voisine lorsqu’elle est de quart à la fenêtre. J’en viens à attendre son babillage qui me fait tant de bien. Mon esprit est maintenant peuplé d’apaisantes images de la nature, de promenades de mamans avec leurs bambins, d’histoires de cœur de jeunes gens pressés…
Un mois plus tard, on m’enlève enfin le corset de plâtre, je vais pouvoir continuer ma convalescence à la maison. Gaie comme un pinson, j’ai hâte de regagner la chambre pour annoncer la bonne nouvelle à la vieille dame. Mais quand la porte s’ouvre, j’aperçois son lit impeccablement fait… et vide. J’interroge l’aide-soignante qui désinfecte sa table de nuit :
– Mais que se passe-t-il ? Pourquoi avoir emmené ma voisine dans une autre chambre ? J’aurais au moins voulu lui dire au revoir !
– Mademoiselle Revard, je crains d’avoir à vous annoncer une mauvaise nouvelle. Madame Le Tougnec nous a quittés ce matin. Son cœur s’est arrêté de battre et nous n’avons pas pu la ranimer.
Les larmes piquent mes yeux et l’émotion monte, me faisant hoqueter :
– Elle ne peut pas partir comme ça ! Je n’ai même pas pu la remercier ! C’est elle qui m’a donné la force de supporter mon état… Chaque jour elle se postait à la fenêtre et me racontait tout ce qui se passait au-dehors. Cela faisait naître en moi de magnifiques images de la nature et je suivais la vie des passants comme autant d’épisodes à rebondissements !
L’infirmière qui vient d’entrer m’a entendue et hausse les sourcils :
– C’est impossible, elle ne pouvait pas voir ce qui se passait à l’extérieur.
– Je vous assure que de son fauteuil elle avait une vue imprenable !
– Je suis désolée, mais Madame Le Tougnec était non-voyante.
Un sentiment de stupeur me submerge… Ma vieille voisine n’avait-elle fait tout cela que pour soutenir ma convalescence en soulageant mon moral en berne ?
Je me fige. Il me semble entendre une mésange chanter à plein poumons tandis qu’un chaud rayon de soleil inonde la chambre.
JOUR D’ORAGE AU LAC AZUR
LE BAL DE MER
L’INDEX DU DIABLE
MEURTRE À MANALEC
MONSIEUR LÉON
RAYMOND ET MAURICETTE
Les contes
LA FABULEUSE HISTOIRE DE RÉGALEC, ROI DES HARENGS
MORGANE ET LES KORRIGANS













