Viviane Ouspointour

Viviane Ouspointour – Artiste littéraire

(Sonnet)

Chagrin d’amour 

Vous m’aviez dit « je t’aime » et depuis ces mots-là,
Des perles de bonheur irisaient ma prunelle,
Mon âme s’envolait comme une villanelle
Qui dansait sur la vie en habit de gala.

Vous m’aviez dit « toujours », sans luth, a capella,
Mais que ses doux accents fleuraient bon la cannelle !
Et les jours s’écoulaient telle une ritournelle
S’enivrant au bouquet d’un valpolicella.

Or, vous étiez de ceux qui puisent aux ténèbres
Leur art de composer des arias funèbres,
Et vos lèvres, bientôt, devinrent oraison.

Aujourd’hui, dans le noir que nul bleu n’édulcore,
En hurlant à l’oubli, mon cœur perd sa raison.
Pour vous, je ne suis plus. Mais moi, je t’aime encore.

Viviane Ouspointour

 

31 janvier 2012
Hommage à Philippe

Quel spectacle enchanteur que ce tableau scénique !
On le croirait sorti d’un rêve en noir et blanc
Qui sublime nos nuits d’un bien-être édénique,
Sans un rouge agressif, sans un bleu violent.

La mer, en sa langueur, paraît vouloir s’étendre
Par-delà l’infini, jusqu’auprès d’Orion.
Le blanc s’unit au noir, l’habillant d’un gris tendre
Pour héberger la brune en docte amphytrion.

Les pêcheurs affairés se mirent dans leur ombre
Dont le glacis reluit sur le sable lustral,
Invitant nos regards d’un geste au contour sombre
A venir relever le filet ancestral.

Quand le peintre est maudit, sa toile lui ressemble,
L’amertume s’accroche au bord de chaque trait
Et si les clairs-obscurs ne sont pas bien ensemble,
Les tons les plus pompeux en perdent leur attrait.

Mais quand l’artiste est grand, qu’importe les oranges
Les jaunes satinés ou les verts gracieux !
Il lui suffit d’un noir pour que brillent les anges,
Que son œuvre rayonne ou que chantent les cieux.

Entendez-vous cet air ricochant sur la dune ?
C’est l’onde qui roucoule avec le beau Neptune.

Viviane Ouspointour

 

7 février 2012
La Belle au bois

La forêt s’éveillait, les yeux remplis d’aurore
Bleuissant l’horizon,
Et l’éther retenait le jour en train d’éclore
Dans sa douce prison.

Son regard reflétait le souvenir du rêve
Qui ne voulait blêmir
Et les ors du soleil, lustraux ainsi qu’un glaive,
Brillaient jusqu’à frémir.

Mais dis-nous, Belle au bois, toi dont le corps exulte
Au gré de ton destin,
Ton cœur est-il heureux quand ta beauté se sculpte
Sous l’œil de l’incertain ?

Il s’en vient et se fond dans les flous artistiques,
Figé comme un orant,
Et telle une prière aux accents monastiques
Vit-il en implorant ?

Mais peut-être qu’un jour, crevant l’air et la toile
Epris d’éternité,
S’échappant du pinceau pour devenir étoile
Il sera Liberté.

Viviane Ouspointour

 

(Néo-classique)

La couvée

Un soir de février à l’heure où tout sommeille,
Un beau grain de pollen au cœur rempli d’amour
Séduisit un ovule et conçut, sans détour,
Une tendre promesse. Ô délice ! Ô merveille !

Le printemps couronna leur hymen de douceur,
Et le fruit mûrissait lentement dans sa bulle,
On eût dit que les cieux l’avaient ceinte de tulle
Tant il faisait bon vivre en sa chaude moiteur.

Et l’été s’installa, ruisselant de verdure.
Le fragile embryon, à présent un fœtus,
Pouvait saisir dès lors le son de l’angélus
Ou la chanson du vent que l’érable capture.

Il ouïssait aussi, quand s’en venait le soir,
Le murmure envoûtant d’une voix cristalline
Mêlée aux accents clairs d’une autre, masculine,
Qui caressait son âme ainsi qu’un nonchaloir.

Ils prononçaient des mots tout juste perceptibles…
Lui se nommait Papa, elle c’était Maman.
Ô combien ils l’aimaient ce petit bout d’enfant
Clamant son existence en rondeurs ostensibles !

Aussi l’attendaient-ils, réunis dans l’émoi,
Et préparaient le nid avec force tendresse,
Papa se démenait, ignorant la paresse,
Cependant que Maman couvait le bébé-roi.

Octobre les surprit en plein remue-ménage. 
Bébé s’impatientait et se faisait sentir ;
Il en avait assez de rêver l’avenir,
Tout seul, entouré d’eau, tel un îlot sauvage.

Alors, sous l’aiguillon de désirs dévorants,
Dans un flot de bonheur, enfin il vint au monde.
« Oh ! Qu’il est bleu ce ciel que le soleil inonde
Et comme ils semblent doux les yeux de mes parents !

J’ai bien fait de sortir. Bonjour, je suis  E M I L E. »

Viviane Ouspointour

 

(Classique)

La nuit de ses yeux

Il pose lentement le recueil sur la table
Et de sa peau tremblante en caresse l’odeur.
Alors, comme au sortir d’un jadis délectable,
Les souvenirs heureux se pressent en son cœur…

Au fil des eaux du lac, hier, dans l’opuscule,
Lamartine voguait, la plume au bout des doigts.
Sa fenêtre s’ouvrant sur un doux crépuscule,
Baudelaire songeait à la page vingt-trois.

Hugo, sans son Ruy Blas, quelque peu misérable,
Rêvait près de Musset en contemplation.
Ronsard, dans un français ô combien admirable,
Allait voir si la rose … avec François Villon.

Un peu plus loin, Prévert, Aragon et Verlaine
Recouvraient les feuillets de fabuleux talent.
Oh ! comme il les goûta, de semaine en semaine,
Dévorant leurs sonnets au bouquet succulent !

Mais hélas, aujourd’hui, son regard est malade.
Comment être sensible à cette encre qui geint,
Chante ou se réjouit devant un ciel de jade,
Dès lors qu’il ne voit plus la couleur qui le peint ?

Et comment soupirer dans le bois qui s’effeuille
Quand ses yeux ne sont plus qu’un couchant sans réveil ?
Ou comment s’émouvoir d’un amour qui s’endeuille … ?
A l’aube de son âme, il n’est pas de soleil. 

Du givre. Tiens l’hiver ! Et l’horrible suaire
Couvre son devenir d’épaisse obscurité,
Enfermant avec lui les dons de Baudelaire
Dans des vers sans éclat. Ceux de la cécité.

Viviane Ouspointour

 

Peinture de Clesa
Sur un poème de Viviane Ouspointour

Le trou

Le vers au fond de l’encre et la stance indocile,
La rime inabordable et le mot trébuchant,
Le poète, alangui sur sa plume stérile,
Va souffrir mille morts comme un soleil couchant.

Il attend Polymnie, en appelle à sa verve,
Il implore Erato de ranimer son cœur,
Invoque tous les dieux, de Phébus à Minerve,
Prisonnier d’un néant sans souffle créateur.

Et pauvre troubadour délaissé par sa muse,
Dans l’errance d’un don refusant tout écho,
Il se laisse entraîner au gré de La Méduse.
En ce soir, il n’est plus qu’un piètre Géricault.

Viviane Ouspointour
(Classique)

Les lignes du bonheur

Dans le langage ouvré d’un fabuleux roman
Où la lettre se perd aux confins de l’histoire,
Et la phrase se fond dans l’ailleurs du grimoire,
Il était une fois … Elle et son cher amant.

Ils étaient amoureux. La belle, il va sans dire,
Se blottissait au creux des mots qu’Il murmurait,
Par un soir volubile où l’auteur se murait
Dans le tendre horizon d’un instant qui soupire.

Elle effleurait sa bouche et sa folle toison
Caressait son regard de ses senteurs sauvages
Qui parfumaient le grain de chacune des pages
Où l’amour déliait ses pleins bleus à foison.

Alors il fit le feu dans le cœur de sa mie,
Et bientôt s’y brûla, comme en l’âtre un tison,
Pour aller se mourir - ô douce pâmoison ! -
Sur la faconde en fleurs d’une dive eurythmie.

Combien l’air fleurait bon sous le vent des baisers !
Le soleil était d’or, et telle une nacelle,
Se mouvait le bonheur, dans l’encre intemporelle,
Entre la rhétorique et le chant des grisets.

Et la vie, allegro, coulait enchanteresse.
Les paroles, le verbe et l’alpha chatoyaient,
Et sous l’azur du ciel, les tmèses se noyaient
Dans le flot langoureux d’une immense tendresse.

Jusqu’à l’heure maudite où les doigts créateurs
Apposèrent, cruels, le mot Fin, de leur plume,
Et le héros mourut sur le cuir du volume.
Venez pour qu’il revive, ô vous fervents lecteurs !

Viviane Ouspointour
(Néo-classique)

Quand le froid colle à la peau …  

Il tremble. Il a très froid. Tombe, tombe la neige,
Tourbillonnez cristaux, valse aimable flocon !
Le ciel ouvre son cœur en ce divin manège
Somptueux et fécond.

Il a peur. Il a froid. Sur la cime poudreuse
Chacun s’ébat, joyeux, transcendant le plaisir,
Le jardin s’est paré de gaze vaporeuse
Virginale à loisir.

Il a faim. Il a froid. Là-bas, chaque paupière
S’alourdit de bien-être auprès d’un joli feu,
Et s’exhale, alléchante, au-travers de la pierre
L’odeur du pot-au-feu.

La vie a pris les airs d’une carte postale.
Tout n’est plus que féerie au givre ciselé,
Et la beauté, partout, s’est faite la vestale
De ce blanc jubilé.

Mais lui, le sans-abri, maudissant la froidure,
Le cœur emmitouflé dans des songes heureux,
Il rêve à ce naguère empreint du bon augure
D’un foyer chaleureux.

Sous son carton blanchi pour unique refuge,
Il tente de survivre et de croire en demain
Malgré les sombres droits que le destin s’adjuge,
Meurtrier, inhumain.

Hélas ! son sang, bientôt, dans ses veines se glace,
Son âme se déchire et ses membres sont gourds,
Et ses yeux dans lesquels la douleur se prélasse
Appellent au secours.

Il sait qu’il va partir, sans force, seul, tout seul …
Sa vie a pris, ce soir, la couleur du linceul.

Viviane Ouspointour