Maryse Dennes

Née en 1949 à Langon (Gironde).

Maryse DennesMaryse DENNES est Docteur en philosophie et Professeur émérite des Universités (Université Bordeaux Montaigne). Professeur de russe, elle a été directrice du département d’études slaves de l’Université Bordeaux Montaigne de 1999 à 2008, où elle a enseigné la langue, la littérature, l’histoire et la culture russes. Elle est membre du laboratoire CEMMC (Centre d’Etudes des Mondes Modernes et Contemporains) de l’Université Bordeaux Montaigne. Dans le cadre de la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine (MSHA) elle a organisé de grands colloques internationaux et dirige actuellement la collection « Russie Traditions Perspectives » (RTP) des éditions de la MSHA. Dans le domaine de la philosophie russe, elle a publié plusieurs livres (monographies et ouvrages collectifs) et de nombreux articles.

Dans le domaine artistique, Maryse Dennes est poète et dramaturge. Elle a obtenu, en1985, le Prix du meilleur manuscrit et grand Prix de poésie de la Mairie de Paris (XVIème arrondissement) ; en 1988, le Grand prix de poésie de la Mairie de Paris (XVIème arrondissement) ; en 1991, le Prix Georges Bastide de l’Académie des Science, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse. Elle a été nommée Chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques (2003) et Officier dans l’Ordre des Palmes académiques (2014). Elle est l’auteur de plusieurs recueils de poésies, publiés aux éditions Saint-Germain des Prés : Transparences (1977) ; Silences, suivi de quelques résurgences (1981), Dieecar ou le retour de Marie,suivi de Neiges, Pierres et feux (1982) ; Passage (1985). En 2013, elle a publié le recueil Lieux (Paris, éditions Janus). Elle a publié de nombreuses poésies dans différentes revues. Dans le domaine théâtral, elle a écrit plusieurs pièces : Version théâtrale de « Diecaar ou le retour de Marie » ; La Statue de Dom Juan ; Marie-Eli-sabeth ; La robe et la rose ; L’enfant et les douze étoiles. Elle a écrit et mis en scène une Version poétique et théâtrale de la Passion selon St Marc (Anglet (église St Léon), en 1982, et à Toulouse (La Dalbade), en 1983.

Email : marysedennes@gmail.com


Recueil  « Lieux » : Mélanges poétiques en des lieux d’amour privilégiés

Editions Janus – 88, rue du Mont-cenis – 75018 Paris
Téléphone : 00 33 1 42 52 69 60
Email : info@janus.fr
Prix : 13 euros
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TABLE DES TITRES

Préface de Jean-Claude Lanne
Prélude au monde transfiguré
La distance a suffi à vaincre tout l’espace
Du fond de ta mémoire
Aux confins de mon temps
Vers les lieux du passé
Impassible le cygne y glisse ses pensées
Au cœur de mon silence
Plus haut que les cimes
Il y a là-bas
Sur la trace opaque de l’étincelle
Sur les crêtes folles
Dans la nature blanche
Hors des terriers du temps
Sur les champs de neige aux fleurs de blé
La montagne
Ailleurs que dans les cieux
Sur la terre bien pauvre
Sur la berge assoiffée
Sur les bas frontispices
Le village
Dans la plaine silencieuse de la nuit
Dans les mots exilés
Dans l’espace laminé de l’Univers
Dans les brisures de l’infini
Dans le retour du même
Dans les régions du ciel
Le château
Sur l’autre rive
Hors de mes trajectoires vieillies
Au sommet de la tour
La steppe
Au creux de l’eau
Vers la source isolée
Dans ce lointain secret
En mon renversement
Au loin du masque
Un autre pays
Ailleurs que dans le monde
Dans l’espace à la nuit dissipée
Dans le sol labouré du soleil de la nuit
Au sursaut de la vague
Au cœur de la chose
Jusqu’au bout de la vie
Au tréfonds de l’être
À distance du seuil
Plus au Sud encore
Le soleil
Dans la terre
Épilogue : Quel sera mon lieu ?
Élégie à la terre nouvelle


Poésies extraites du recueil : Lieux. Mélanges poétiques en des lieux d’amour privilégiés, Paris, éditions Janus, 2013

« Maryse Dennes est un poète difficile et exigeant : sa diction apparemment simple, claire et classique se trouble des ombres du mystère par l’étrange propriété que lui confère son propre dynamisme, cette remarquable force motrice qui renverse le sens des mots et des formules en leur contraire, qui refuse obstinément la direction unique, le sens univoque, le déplacement en des lieux prédéterminés. Constitutivement, de par son projet même, la poésie de Maryse Dennes n’est ni symbolique, ni réaliste, ni allégorique, mais tout cela à la fois, et au-delà, car elle nous entraîne dans un « voyage sentimental » qui est une aventure du sentiment, mais aussi de l’esprit et de l’intellect, du corps et du coeur. S’il fallait qualifier d’un mot cette poétique de la fluidité et de la mobilité, je l’appellerais métamorphique, car on entend dans ce vocable géologique la mutabilité des formes assumée par le chant d’Orphée… »

Jean-Claude Lanne, Préface.

Extraits

Prélude au monde transfiguré

Un monde s’est ouvert dans ses contours sentimentaux. Il a répondu aux échos déchirés de mon corps épris pourtant des rythmes de la mer. Et dans l’étirement des pins océaniques, il s’est donné comme un ombrage au souffle de ma vue.

Avide j’étais de parcourir ainsi tout cet espace offert. Du travail minutieux jusqu’au rêve interdit, j’ai détaillé les secrets de ma faim-solitude. Mais lorsque je crus accoster, c’est à l’au-delà des mers qu’encore j’aspirais.

C’est comme s’il m’avait fallu briser les mots pour faire avancer la terre. Quelque défi à mon océan tant éprouvé. Non plus projeter, mais retirer de mon écriture tous les fantasmes hivernaux. Me retourner jusqu’à me contredire. Courber le sens jusqu’à l’accueil d’une autre venue. Résorber encore les mondes alourdis. Refuser le creux, et, de crêtes en crêtes, ne plus désirer que les embruns d’autres vies.

Du lieu où il se crée le monde aussi se transfigure. Le détroit où je passe n’est qu’un pont hasardeux. Pourtant, là-bas, un écho revient, qui pousse la mer de la côte-Amérique. Je me reflète nue où je n’ai pas été. Dans la fougue envolée de l’écume marine, le temps s’apprête enfin où le savoir se tait.

Impassible, le cygne y glisse ses pensées

Car là même où tu crains que les mots ne séparent
Le poète redit tous les temps du secret,
Il les nomme en retrait des regards qui l’égarent
Et se reprend à vivre où la parole naît.

Seule, elle est un écho du silence inouï
Qui s’ébruite à l’instant où les feuillages sombres
Fusionnent dans l’eau claire aux formes de la nuit :
Et le lac est ainsi la surface des ombres.

Impassible, le cygne y glisse ses pensées
Qui vibrent à l’abri de son calme sillage ;
Ce qui se tait s’émeut dans son corps élancé.

L’onde qui, sous le vent, frissonne à son passage
Retient en sa douceur l’indicible passé ;
Le mot se laisse voir avant d’être énoncé.

Dans les mots exilés

Et quand dans l’une ou l’autre Dieu se met à créer,
C’est l’amour qui tressaille dans l’antre du soleil,
Les couleurs se dispersent dans nos yeux étonnés
Et s’étalent,
éclats,
en toiles-vies pareilles…

Ainsi vont les poètes dans leur monde à jamais,
Francs-tireurs des nuées, ils fauchent les étoiles
Et franchissent au ciel, par leur porte royale,
Le temps venu-perdu dans les mots exilés…

Non !
Il ne faut pas vouloir
mais être l’oeuvre-née !
Il faut ne pas falloir…
Dans les bataillons d’anges,
la vie n’est que la cible
de notre éternité…

Au sursaut de la vague

Qu’il n’y eût plus ainsi que cette étendue d’eau
Qui vivait de lumière au sursaut de la vague
Et qu’au dessein du ciel qui venait sur la terre
La parole ne fût qu’un deuxième regard
Renvoyant au soleil tout son éclat d’or pâle!
Mais le poème encore a des mots oubliés,
La constance est plutôt dans le regard qui peine


 

Autres poésies

2000 : Dans un autre pays…

Ce poème, vois-tu, que je voudrais écrire
est tout comme mon corps empreint de tous ces mots
qui redisent ce lieu où tu m’avais surprise
– un soir d’été sous un tilleul de feu –
plus étonnée de toi que de mon vaste empire.

Le présent est déjà ce jour qui reviendra
comme une nuit perdue dans un lointain pays
où toujours plus proche tu me reconnaîtras
pour n’avoir point quitté le monde d’où je suis.

L’âme n’est point sans corps et le corps est mon âme
que je viendrai clamer sur les toits de New York
au plus haut de l’humain où la coupole d’or
étendra pour nous seuls ses étoiles de flammes.

Et lorsqu’à Moscou nous nous retrouverons,
nous serons à l’orée de la steppe infinie
où le cœur n’a de vie que dans son abandon
où le temps sur la terre est le corps qui m’écrit.

Le 23 février 2002 : L’océan

Oh mon soleil enfoui et ma nuée lointaine
Tout est venu au monde en ce que j’ai aimé
Et le temps qui revient s’éternise en secret
Là où n’a point vécu ce qu’a figé ma peine

Vois ! L’océan roule
là-bas
mes lieux intermédiaires
La vague est dans le vent qui soulève la neige
Et l’éclaircie du ciel où le rayon émerge
Déborde l’océan de toute sa lumière

Oh non !
il n’y a point de passé qui sur mon temps ne veille
et rien n’est accompli qui ne soit à venir
l’âme s’est recueillie dans le corps qui sommeille
pour que de son retrait elle puisse surgir

Car il faut qu’à nouveau dans le tréfonds de l’être
Je retrouve le mot qui manque à ma survie
Que tout s’amenuise jusqu’à pouvoir renaître
et que la mer encore
me dise à l’infini.

Hambourg, avril 2002 : Le port

Et le corps sans arrêt s’éloigne du trépas.
Comme l’âme comprise en son entendement,
Ainsi va de surcroît l’avenir qui s’éprend
De tous ses lieux d’amour et d’accomplissement

Mais à peine ai-je vu la pensée qui s’éveille,
A peine ai-je entendu l’écho de mon souci,
Qu’à distance du seuil où d’autres jours me veillent
J’ai trouvé dans le temps l’appel d’un autre appui.

La tempête s’émeut en profond désarroi,
Et jusqu’à l’infini mon être partagé,
Sur les roches du Nord se disperse en éclats,
Mais le sol est fertile en son lointain passé.

C’est la mer dans le froid qui revient en secret,
Quand le même soleil là-bas sur l’Atlantique,
Frôle de son rayon la vague surchargée
De tous ses souvenirs confiés à la Baltique.

De quelle terre ainsi le port s’est libéré ?
Dans quel vaste sillage à l’horizon brumeux,
Le regard assuré s’est-il dépossédé
Pour ne rêver ainsi que d’autres nouveaux lieux ?

Ainsi l’esprit qui tarde à se déterminer
Laisse-t-il le cœur s’épancher dans le monde,
Et plus apte est la vie à se renouveler
Lorsque le mot faillit au regard qui la sonde.

Gradignan, Août 2004 : Dans mes lieux, le soleil…

Et plus mes années passent, plus mon âge me fuit.
Le soleil qui n’a plus qu’à se perdre d’effroi
a perdu dans mes lieux son excès de puissance…
Les nombres se retirent de mon corps éperdu…
Combien de temps m’a-t-il fallu
pour que du vécu je revienne ainsi
au regard reconnu ?

Et c’est chaque fois le jour de ma naissance,
où le retour s’éprend à me redonner vie…

La mort est chaque fois ce qui ne s’écrit pas.

Pâques 2009

Oh mon soleil enfoui et ma nuée lointaine
Tout est venu au monde en ce que j’ai aimé
Et le temps qui revient s’éternise en secret
Là où n’a point vécu ce qu’a figé ma peine

Vois ! L’océan roule
là-bas
mes lieux intermédiaires
La vague est dans le vent qui soulève la neige
Et l’éclaircie du ciel où le rayon émerge
Déborde l’océan de toute sa lumière

Oh non !
Il n’y a point de passé qui sur mon temps ne veille
Et rien n’est accompli qui ne soit à venir
L’âme s’est recueillie dans le corps qui sommeille
Pour que de son retrait elle puisse surgir

Car il faut qu’à nouveau dans le tréfonds de l’être
Je retrouve le mot qui manque à ma survie
Que tout s’amenuise jusqu’à pouvoir renaître
Et que la mer encore
me dise
à l’infini.

Gèdre, 12 août 2011

Au loin pourtant de mes espaces vertigineux,
je l’ai vu,
calme et paisible,
prendre sa place sur la terre de mes aïeux…
Dix ans après,
malgré moi,
contre moi,
à l’encontre de mes quêtes insensées,
il s’est fixé
dans mon autre
éternité,
plus ancrée dans ma terre que ceux qui m’ont aimée…

Etranger à ma vie,
aura-t-il donc fallu que je le fuie
pour qu’il survienne aux soucis qui assaillent mes nuits ?
Oui, et pourtant
c’est ainsi que le poème s’écrit…
Il a beau fuir le monde, c’est avec lui qu’il renaît,
et s’outrage
de sa stabilité.

12 avril 2015 : Semaine deux fois sainte

Entre mes deux Églises où je crus être morte
Pour renaître au monde qui pourtant m’accrochait,
Sur le front du Calvaire où la Croix se dressait,
Je n’ai vu du tombeau que l’ouvert de la porte.

Et sur le Mont Thabor, diaphane, la lumière,
Avait gardé l’éclat du ciel transfiguré,
Où les corps transparents sur l’orbe de la terre
Recueillaient l’énergie des lieux qui fusionnaient.

Plus loin, dans la jardin, au sommet du Carmel,
Quelques fleurs évoquaient l’Eden de mon pays,
Et mon père en secret, qui parlait à Elie,
Se préparait, serein, au dialogue éternel.

Car la mort de la mort c’est la vie de la vie,
L’une s’anéantit où l’autre resurgit,
La Croix est à l’appel le signe abandonné
Du Christ qui était mort
et est
Ressuscité.