Franck Lafossas – Artiste littéraire

Email : dune-pontac@artsetlettresdefrance.fr

Site officiel de son éditeur : www.ddabordeaux.com

Franck Lafossas, né en 1950 à Limoges, famille originaire d’un village limousin proche d’Oradour-sur-Glane. Magistrat honoraire. Auteur passionné d’histoire et de poésie, tantôt sous son nom et tantôt sous le pseudonyme « Dune-Pontac ».

Livres publiés (éditeur Les Dossiers d’Aquitaine, Bordeaux) :

Poésie : Oratorio pour Oradour ; Jeux de Pommes

Poésie et prose : Les Fantômes de Pompéi ; Pline l’Ancien, le Testament de Pompéi

Poésie, ouvrages collectifs : Jeux de rimes, tomes 1, 2 et 3 ; Le Défi.

Histoire : Adrien Marquet, secrets et souvenirs.

Histoire, ouvrages collectifs : Histoire des Maires de Bordeaux ; Histoire des Archevêques de Bordeaux.

Au congrès de Bordeaux (juin 2016) Franck Lafossas est devenu président général d’Arts et Lettres de France.

Et pourquoi Dune-Pontac ?

Passez en Limousin votre enfance d’hiver,
Mais au bord du varech la jeunesse estivale
Et de cette alternance, annuelle rafale,
Mariez chaud sur froid la montagne à la mer.

Quand l’automne venu vous partirez, amer,
Pour retrouver les bancs d’école communale,
Des embruns iodés acceptez la cabale :
De vos règle et compas laissez rouiller le fer !

Plus tard vous connaîtrez quelque métier austère...
N’oubliez de penser à l’été salutaire,
Opposez son soleil joyeux...du tac au tac...

Quant à moi, j’utilise en ultime tactique
Ma rue en Arcachon : c’était « Dune-Pontac »
Pour compenser mon stress de tâche juridique.

Franck Lafossas, alias Dune-Pontac

 

Angélique sulfure

Baudelaire chanta l'aimable pestilence
Que j'eusse aimé prétendre, à son art, nuancer...
Et la beauté fangeuse irisa le baiser
De sa muse en chaleur, provocante insolence.

Quand le mal eut fleuri de cette turbulence,
Ennoblissant le sort de mots vils, à n'oser,
Sa lyre en un tombeau partit se reposer,
Sublime ignominie attisant l'indolence.

Albatros introduit par le spleen aux enfers,
Fréquentant la charogne aux admirables vers,
Il châtia l'ennui, le cinglant d'humour sombre.

Que notre âme, à l'exemple, aspirant quelque éther,
N'y blâme puanteur, ne s'asphyxie ou sombre,
Mais sache en distiller, sans fin, le beau de l'air...

Franck Lafossas

 

25 mai 1998
à mon père, en son dernier souffle

Dernier chemin

Va moins vite cocher, si longue fut ma route.
Sommes-nous en retard ? Ce jour ou bien demain...
Ralentis, laisse-moi m'attarder en chemin,
Ton cheval se fatigue, arrête ! Fais qu'il broute...

J'aime à revoir encore un jupon qui froufroute,
Des berceaux, un bateau puis, quand j'étais gamin,
Grand-mère et son bonnet, sa peau de parchemin,
Mes père, mère et frère. Oh! ce chant qui m'envoûte...

La danse des cahots engourdit mes douleurs,
Le vent de notre course assécherait tous pleurs,
La poussière du char voile ma souvenance,

Quand la mort où je pars ne m'est épouvantail.
Mais, déjà, seul un doigt signe ma permanence,
J'approche d'un grand parc, on ouvre le portail...

Franck Lafossas

 

Ecrit pour le "Poquelin Théâtre" de Bordeaux

Fantasmes

Mon âme divaguait en de sombres ruelles
Et mon corps, à sa course, emboîtait son chemin.
J'errais, triste jouet de leurs luttes cruelles ;
Déjà l'égarement me tirait par la main.

Or, mes sens aiguisés par cette violence
Interprétaient la nuit, ses ombres, ses clartés,
Quand j'aperçus, dressée, une jambe qu'on lance,
Qui se tenait en l'air avec ses bas ôtés.

La fenêtre masquait toute autre anatomie.
Un voilage sablait, tamisait la lueur.
Mon esprit déchiffra qu'une fortune amie
Avait guidé mon pas pour m'en rendre voyeur.

Une félicité s'empara de mon être,
Me cingla, m'embrasa… Je fixais cet éclat,
Tentais de discerner, partager, mieux connaître,
M'immiscer invisible en un si tendre ébat.

Mon corps devenu feu se fondait à mon âme,
Renouait l’alliance, oubliait leur conflit.
Tout se… tendait… en moi qu'exacerbait le drame :
De ma cachette obscure on ne voyait le lit.

Mon coeur se consolait de ce trop peu de chose
Par une ardeur à battre accroissant sa chaleur
Quand ma chair se gonflait, c'est à peine si j'ose
Avouer, d'un sang vif, animé, géniteur !

La cuisse s'agitait toujours avec saccades.
Une autre s'érigea, puis une autre à nouveau !
Je me tapis, blottis, sous les noires arcades
Pour plus imaginer un si bel écheveau.

A présent ce n'était que forêt de gambettes :
Eu-je trouvé le lieu d'un colossal déduit ?
Une porte s'ouvrit "cartonne, elles sont prêtes"
Fit un homme sortant et frôlant mon réduit.

Son suivant apparut, tirant des emballages,
Et les cartons portaient "fabrique à mannequins"...
Je suis depuis l'objet, au fil des étalages,
De sourires de cire et de clins d'oeil taquins.

Dune-Pontac

 

Lauré au grand prix du sonnet classique 1998
Académie Octaède

Hamlet

Ombres qui sommeillez en d'humides tombeaux,
Guérites de l'octroi d'une lande éternelle…
Esprits purs, dévêtus de l'écorce charnelle,
Squelettes, vieux débris, hardes, haillons, lambeaux...

Et toi, jetée aux vents, cendre sans oripeaux,
Ensemençant la boue, argile originelle,
Ou fécondant les flots, marine ritournelle,
Ignorante à jamais de l'honneur des flambeaux...

Qu'il dut être apaisant d'oser une espérance
Au moment d'émigrer vers la dernière errance
Quand les frimas du corps annonçaient votre hiver !

Répondez à mon cri, de votre observatoire,
Carillons de l'Eden, glas sombres de l'Enfer :
Ce doute qui me brûle, est-ce le purgatoire ?

Franck Lafossas

 

Extrait de « les Fantômes de Pompéi »

Parler d’histoire avec poésie ?

La poésie invite au rêve ;
L'histoire exige la rigueur...
Si l'écrivain polit sans trêve,
Usant de toute sa vigueur
A flatter votre imaginaire,
L'historien veut, sans atour,
Eviter que votre esprit n'erre
Ailleurs qu'au sujet. Nul détour !

Lorsque l'un rime et que sa plume
A dénoncé son sentiment
Par un feu que la strophe allume,
L'autre considère qu'il ment
Quand son doigt trahit sa pensée
En sorte que son auditeur
Trouve une écriture abusée,
Pense historique un mot d'auteur.

Mais la prosodie est si riche,
Sa musique nous berce tant...
A supposer que l'on ne triche
Par quelque fable en racontant,
Cet art qui pousse à rêverie
Rend l'auditeur plus réceptif
Et, qu'il en pleure ou qu'il en rie,
Dans l'action, le fait captif.

Voilà pourquoi, sans cesse, j'ose,
En chanson plus qu'en fabliau,
Rimant en vers le fait, la chose,
Unir Calliope à Clio.

Franck Lafossas

 

Prix de l'humour aux érotides 1998

Honni soit qui mal y pense !

On le vit se gonfler en silence, durcir…
Lui, naguère étriqué, si modeste et modique,
Devenait glorieux cavalier fantastique,
Turgescence aiguisée à l'égal du désir.

Car de toute évidence il goûtait au plaisir,
Hoquetait, se cabrait, preux chevalier antique
Réveillé lentement d'un oubli narcotique
Par cette humidité caressante à loisir.

Il glissait maintenant sur la douce rosée,
Indolent tas de chair, avide, peu pressée
De hâter le retour à l'endormissement...

Puis, quand il eut ainsi mérité son envie,
L'escargot s'attaqua tout délicatement
A croquer la laitue en ce matin servie.

Dune-Pontac

 

Mourir à l’ancienne

Mourir... mais à l'ancienne.
Attendre qu'elle vienne,
Soutenir son regard.
Rester sans plus d'égard
Pour ce qu'est cette gueuse,
Pute, infâme dragueuse...

Ne redouter sa faux,
Son char et ses chevaux.
Imposer qu'elle sonne
Avant que ne moissonne
Et n'entre en mon logis
Quand moi-même y rugis.

Alors, la convenance
Mêlée à l'imminence
Du départ attendu
Le rendra moins indu.

Ayant fait ma valise,
Je suivrai sa balise,

Sans remords, comme un blé
Qu'on a désaccouplé...

Franck Lafossas